La Revue des Ressources

écouter - cabane d’hiver (2) 

mardi 5 février 2013, par Fred Griot

 

29.01.13

Causse.

lever tôt. on part en tracteur avec L, pour l’aider à sortir une partie de son bois. on ébranche et ramène une grosse charretée de grosses et longues billes de pins, quelques sections de 7, 8 m.

retour, bouffe ensemble, coup de barre, écrire, sieste.

le temps est clair. sans chauffage il fait 12 dans la yourte.

partie de l’aprem à gérer à distance des histoires de boulot.

j’ai pris ici habitude, c’est-à-dire que tout n’est plus de la première découverte. la cabane est désormais bien installée et les gestes pour s’en occuper restent des gestes nécessaires pour parvenir à vivre ici, mais ils n’ont plus l’urgence des débuts quand il s’agissait de se protéger, et vite, contre le froid et contre l’eau.

retour des courses, à la ville, en bas. la société d’en bas.

on rentre à la nuit, on « décolle » littéralement des lumières de Millau direction le noir du plateau.

arrivé, je lance une bonne petite bouffe à mijoter, ratatouille, petites patates, lardons…

puis café, whisky, un tout petit joint. écrire.

la rassurance de la chaleur.

le corps, le mental, non séparés, se sont habitués, sont en train de s’habituer à ici.

le rythme se dépose, et c’est important.

pour moi, et pour travailler.

7ème ou plutôt 8ème jour je crois.

vérification faite : 9 jours :)

 

vais-je écrire pour bref  ? est-ce le lieu, mais plus encore le temps ?

quand je disais que ça chargeait, oui. ici par exemple, dans ces jours du journal… et puis aussi une imprégnation plus subtile, comme les goûts que l’on se forgent lorsque l’on est gosse, s’imprime encore un peu plus dans le corps.

mais quant à tenir ici une écriture de ce type, je ne sais pas. peut-être n’est-ce qu’une écriture possible de l’après ?

que l’on ne peut vivre et écrire en même temps, sauf à mener un journal ? cela j’aurais pu le savoir avant, peut-être même devais-je le savoir déjà, toujours est-il que c’est là que ça « rentre ». peut-être. que ce genre de chose on ne peut l’écrire que après, avec ce qui « reste ».

je ne sais pas. on verra bien. laissons faire.

immense ciel, lune énorme.

au-dessus la voie lactée, notre galaxie.

 

30.01.13

Causse.

temps extraordinairement beau. un soleil qui pourrait être de printemps.

méditation dans le pré devant la steppe.

tout le monde s’active : chantiers, bois, constructions. ça fourmille de bruit d’engins un peu partout au loin.

j’aide encore L à débiter et abriter son bois.

puis je bosse, porte de la yourte ouverte. 20 degrés dedans.

les mouches se réveillent. les chats et chiens viennent me rendre visite.

grande lessive qui sèche sur la clôture des brebis.

balade dans la steppe, et sommets de collines dominantes.

passage par la sépulture de St-Martin, de l’âge de fer (dolmen, en de grosses dalles de calcaire, en couches, pour deux personnes… plus tard préservé mais tumulus élargi… enfin réaménagé au haut Moyen-Âge en petites sépultures rectangulaires).

coin où reposer, perdu, dans les landes de buis. cela pourrait presque faire un peu peur. pas sur le fait, du tout, l’endroit est paisible, mais en y repensant… ceci dit, c’est ainsi. l’occasion aussi, peut-être aussi, encore, de s’y préparer tranquillement.

retour au coucher du soleil.

travailler un peu.

comme l’on reste les mêmes, même ailleurs : on s’emporte toujours avec soi.

le plaisir de se faire de bons petits plats, à éplucher, cuisiner dans le silence, manger en regardant quelques Cassavetes.

La parole figure dans notre équipement génétique, et les formes de pensée qui lui sont assorties. Pas l’écriture, ni les arcanes qu’elle permet d’atteindre, de dévoiler.

Bergounioux

conférence « l’écriture comme révélation et libération »

Les Actes de Lecture n°107 - sept 2009

 

je finis mon dernier joint, j’ai été plus que sobre, mais je n’en veux plus.

il est temps de rentrer dans le plus grand calme, de se centrer plus, s’ouvrir.

il est comme un petit ronron qui s’est installé dans et autour de la cabane.

je veux écouter plus.

 

je relis le frère Kerouac : Désolation Angels – partie I, Désolation dans la solitude, lui deux mois dans sa cabane en montagne face au noir mont Hozomeen et à lui-même.

je suis au lit, avec le poêle, torse poil. largement le jour de plus grande chaleur depuis le début.

écrire ? écrire quoi ? écouter d’abord.

c’est la nuit.

parvenir à la fermer un peu au-dedans.

ça souffle.

ça souffle sur la toile.

les arbres chantent.

faire taire en soi oui. essayer. écouter.

en fait je suis venu pour ça : écouter.

poser, ouvrir.

 

31.01.13

Causse.

grand beau. longue méditation dehors.

envie d’encore plus de silence, de calme lent dedans. mais, sans être tendu dans un désir, juste laisser venir.

se réveiller la bouche fumante

tenir le feu

se laver

méditer

manger

écrire

sortir

parler

manger

écrire

casser du bois

tenir le feu

marcher

rentrer à la nuit

tenir le feu

écrire

cuisiner

écrire

lire

dormir

 

bref  : c’est comme une écriture plus resserrée qu’ici. une écriture du décanté, du reste. donc effectivement peut-être d’après.

le temps se couvre peu à peu.

il est 11h30.

faire du bois.

manger dans un rayon de soleil, traversant oblique la yourte.

rentrer un peu plus dans la coupure, le seul.

suis prêt maintenant.

peut-être pas sans hasard que cette sensation, cette charnière, ce besoin s’exauce dans le même moment où quelqu’un écrit, publiquement, qu’il considère ma petite aventure comme « une excursion mise en scène de camping à la ferme ». autrement dit de « triche ».

rien à dire là-dessus. ou tout.

d’abord l’incompréhension de la violence.

et puis évidemment c’est autre chose qui s’y « joue ». et pour moi seul.

mais il est alors possible aussi que je me trompe, si j’ai tenté de la partager, car il me semblait que cela pouvait avoir, et a toujours peut-être, un petit intérêt, plus large que le bonhomme qui le produit.

le journal c’est de la littérature et la littérature c’est toujours de la mise en scène, distanciée d’avec son auteur quant elle tient un peu la route. ce n’est déjà plus la vie. et c’est l’un de mes premiers efforts de ne pas parler de moi, mais depuis moi — et ça, pas d’autre possibilité de faire autrement — même si je n’y arrive que peu, que mal. car il ne s’agit pas de moi ici.

ceci dit (et nous ne sommes plus là sur un plan littéraire), si ces histoires d’ego me fatiguent, atteignent, c’est sans doute qu’il est encore présent. trop.

quand on parle de décalage entre le paroles et les actes, jusqu’à preuve du contraire en lisant (un journal) on ne prend connaissance que des paroles, les actes il faudrait venir les vivre pour les éprouver dans le véritable grain de leur réalité..

et quant à quitter le monde, ce fantasme, c’est la première illusion.

enfin, comment je pars est la première chose qui me regarde. je ne suis pas venu ici pour faire une perf d’isolement, mais pour écrire dans le silence. sans qu’on m’emmerde. la confrontation à ce que l’autre a fantasmé (quel qu’en soit pour lui le sens d’ailleurs qu’il y injecte) de mon petit voyage, ce qu’il a projeté de ma « mise en scène », ne devrait pas m’affecter ainsi, mais sans doute l’ai-je produite cette réaction (j’essaie d’abord de regarder à ma porte)… l’exposition entraîne la confrontation à l’altérité. et c’est être face à soi-même, aussi, entre autres aspects, d’essayer de comprendre au-delà, d’encaisser, de tenter d’entendre, de ne pas fuir.

un petit courage aussi, réel mais tout sauf héroïque, de ne pas évacuer la question de savoir si l’on triche…

et cette réponse je l’ai. depuis pas mal de temps. assez sûre. et elle ne regarde que moi.

 

rien à dire ici.

de moins en moins.

un resserrement.

je suis venu pour écouter. pour écrire.

et point de camping à la ferme :)

parce que j’avais un truc à dire, ici. mais ça se dira peut-être plus tard. ou ça se dit déjà.

le ciel est clair. l’herbe sèche.

plus tard. la pluie arrive doucement.

11ème jour.

la nuit.

ciel comme rarement j’en ai vu.

avant que la lune se lève, vers 23h bien tassé.

revenir à ce que je cherche. si je cherche encore quelque chose.

ne pas se laisser distraire plus longtemps.

quelque chose se pose.

qui ne nécessite pas de mots.

 

rire.

 

01.02.13

Causse.

temps gris, pluvieux, quelques rares éclaircies. il ne fait pas trop froid.

des nuages bas montent des gorges par le vallon de Font Longue, celui-là même qui draine ce vent dominant de nord-ouest, et l’amène forci, car nous en sommes presque à l’embouchure dans ce secteur des Baumes.

écrire.

renforcer le toit de la yourte avec quelques chevrons trouvés qui feront piliers. c’est que le toit, et ses rayons de perches, vrillent dans le sens du vent, et le cerceau sommital tenterait bien de s’affaisser.

midi passé. écrire à nouveau.

manger sur le table à la toile cirée en lisant. peler sa poire dans le presque silence. juste un vieux Tom Waits qui tourne au fond. chaque geste deviendrait presque sacramentel.

 

la mort : on y pense ici, face à soi-même. le lieu : sépultures, crânes de bêtes, vautours, fermes sombres hantées par la magie paysanne, petits cimetières, nous y rappellent souvent. cette terre réunit une grande lumière, sèche, large ouverte sur le ciel, et une profonde sévérité, terre de glaise, gouffres, coins de forêts d’ombre, moussues, humides, perdues.

ça fout parfois les j’tons. on est aux deux bords ici : grand calme, et angoisse possible. terre rude.

elle est comme une vaste « vanité » (ces tableaux des siècles passés), et nous rappelle que nous sommes mortels. d’une façon archaïque, c’est-à-dire sans beaucoup de fioriture. et cela on ne peut s’en rendre compte lorsque l’on vient en « vacances d’été ».

autre chose dont on se rend compte, dans ces minuscules cimetières, les tombes dans les mousses et lichens : qu’allongés, nous ne sommes pas bien grands.

dans le village de Saint-Martin : 1 ferme, 1 maison (qui était école), 1 presbytère, c’est tout pour l’habitat et les vivants, 1 chapelle, 1 cimetière, pas plus. 4 tués en 14, autant dire probablement une bonne partie des hommes alentours en âge de travailler.

et pourtant là-dedans du bonheur. mais qu’est-ce ? peut-être ces moments tout bêtes où tout va bien, et où, pour cette raison, l’on s’en rend à peine compte.

vu des humains aujourd’hui que quelques minutes.

se sentir « rentrer à la maison ».

se laver à la bassine.

parfois des petits moments de flottements, mais qui ne durent pas trop.

12ème jour.

la nuit tombe.

écrire.

manger.

la pluie tambourine. de fortes rafales de vent.

les araignées rentrent.

la pluie s’arrête. s’égoutte.

peu à peu.

revient.

en sortant pisser dehors, une nuit noire noire noire.

aller se coucher.

 

02.02.13

Causse.

3 degrés ce matin dans la yourte. gros vent toute la nuit. pas mal de pluie aussi.

sur les coups de midi les bourrasques de neige commencent.

je vais rester au chaud, lire, écrire. creuser quelques projets.

je bosse bien.

relue, retravaillé tout UUuU pour une éventuelle édition papier.

15h : éclaircies, neige, grêle, gros vent…

bien content d’avoir renforcé le toit hier.

la yourte amplifie tous ces bruits (à la différence d’une maison en dur) : par dessus le sifflement de fond du vent dehors, la toile claque et rugit, froissements, clappements, et torsions des perches. mais tout tient pour l’instant.

aller aux chiottes dehors est une aventure où l’on part couvert.

une partie de mes réserves de bouffe ont commencé à pourrir, sans frigo. gérer ça mieux. aller faire les courses avec les voisins la semaine prochaine.

étonnant se diront certains de trouver un plaisir à ça, et qui plus est d’y revenir régulièrement. c’est tout sauf une recherche de limites, un certain goût de la rudesse sans doute, mais surtout un plaisir du simple, du contact au dehors, de ramener toutes choses à leur « essentialité », une chose inculquée pour moi très jeune. ah, la lourde responsabilité des parents, l’influence des ascendances…

17h : balade.

soir : vent toujours. rafales à 75 km/h.

j’ai du mal à monter au-dessus de 15 degrés dedans.

dès 18h30 sous la petite lampe connectée aux panneaux solaires, et la bougie.

les gestes se répètent.

les jours passent assez vite, mais leur quantité augmentant, leur totalité s’épaissit et elle semble s’écouler plus lentement.

le rythme de fond est bon, mais je commence à avoir envie d’un changement, ne pas m’enfermer dans une routine, des habitudes, voire rituels. les jours se ressemblent, peu d’événements ici. tout est menu dans un paysage immense. des envies par exemple de boire un coup dans un café noir de monde, brassant, musique et fumée. et à la fois je ne cherche pas tant le contact avec les autres habitants du plateau.

probablement l’un des enjeux de « tenir » dans ces conditions, et pour tous ceux qui vivent seuls, ici comme ailleurs, c’est de parvenir à tenir, encaisser ce fond de rythme, cette temporalité de peu d’événements, de peu de rencontres, de peu de nourritures extérieures, de peu de confrontations avec du nouveau, du nouveau humain, et qui s’étire.

mais je suis venu ici pour le silence, pour écouter, pour écrire au calme. et je suis à peu près servi…

pour tenter d’éclaircir, de simplifier une parole. et ça je ne le saurai qu’après.

en fait, plus ça va, moins je sais le pourquoi de ma venue ici, cela se dissout, et ce n’est pas forcément une mauvaise chose. je suis ici, point.

poursuite de la tenue de la comptabilité des moments passés avec des hommes aujourd’hui (pour jouer avec ceux qui jouent avec moi) : ai discuté un quart d’heure avec L et A. n’est-ce pas trop ?

lire au lit.

ça souffle toujours aussi fort. peur que le tuyau du poêle, monté avec 4 éléments emboîtés de tubes rouillés, cabossés, troués, ne s’arrache sur le toit. la nuit va être bruyante. c’est un peu la maison des trois petits cochons…

 

03.02.13

Causse.

-1 degré dans la yourte au réveil. je découvre que mon lit est mouillé dessous. après 2 heures d’effort j’arrive difficilement à 15. la yourte, trop mal isolée, en plus de ne pas retenir la chaleur, a laissé le vent très insidieusement pénétrer partout. et ça condense. mais je garde un petit sourire intérieur.

je me lave même à la bassine, spécialité locale, l’eau froide fume sur ma peau plus chaude.

le secret c’est aussi de savoir lâcher, relâcher, savoir laisser couler les peurs, les excitations, les jours, les heures… tout en agissant, luttant pied à pied, pour garder un tout petit confort.

le vent souffle toujours, très froid.

 

la yourte, en plus de ce poêle récalcitrant, au montage étonnant (mais heureusement j’ai l’autre d’appoint à essence, sinon ça ne serait pas tenable) est pleine de petits objets… vieux bocaux oxydés, pots de sel, de poivre, d’herbes douteuses. les casseroles, les poêles pas bien récurées sont accrochées à des crochets de fer aux croisillons du mur, la cafetière sans manche en a maintenant un confectionné en fil de fer. les meubles désuets en vieux formica jaunis, plastiques criards, bois, sont pour la plupart bancales (j’ai dû réparer plusieurs pieds de table, en redresser d’autres, mettre d’aplomb l’ensemble pour que l’évier puisse se vider, que les casseroles ne glissent pas de la cuisinière…). l’arrivée d’eau était une large fuite que j’ai réussi à stopper. l’installation électrique solaire avec de vieux câbles mangés tient avec des ficelles. je me suis refait ce matin un lit de compétition avec des planches trouvées. pendent un minuscule miroir de guingois que j’ai acheté, des seaux au plafond pour les fuites, une pendule qui marque l’heure de la Nouvelle Zélande je crois… une plume noire et bleue, quelques tiges de graminées sèches… bref, le tout réparé, bricolé, nettoyé, rangé avec les trouvailles que j’ai pu faire, avec la bite et le couteau suisse, comme l’on dit…

mais je l’aime cette cabane. en premier lieu parce qu’elle me protège, ceci dit cet attachement est en train de s’enraciner plus en profondeur il me semble. j’aurais presque envie de lui trouver un petit nom, comme l’appart que j’avais pris, après une crise familiale, et sur la porte duquel j’avais écrit « le port d’attache ».

 

14ème jour.

casser et rentrer du bois cette après-midi. il m’en faut toujours plus d’avance. la grêle-grésil tombée hier n’a pas encore fondu sur le pavage que j’ai fait devant la porte.

bois donc, ménage (tellement on rentre de merde en venant de dehors), séchage… ça vente mais rien ne tombe du ciel.

une cloche rouillée est suspendue devant la porte et surmontée d’un escargot, qui m’invite à prendre mon temps. lui aussi on pourrait lui trouver un petit nom. je l’appellerai Bébert, en hommage à un bucheron de Maurienne qui m’avait tant touché étant gosse. voilà que je commence à donner des noms aux choses.

ça devient intéressant. peut-être que je commence à soliloquer dans ce journal ? manière de parler, quand même, seul ?

donner des noms aux choses : moyen d’habiter le monde dans lequel on vit, de créer des présences qui ne soient pas a-nonymes ? comme ça peut-être que les langues ont démarré (à la différence de l’écriture, qui répondait, elle, à un besoin trivial de mémoire comptable) ?

journée commencée un peu rudement, mais à 18h allumer la lampe solaire, la bougie, s’installer au bureau avec un thé au lait, qui reste au chaud sur le poêle, envoyer du Janis Joplin, on est bien.

une journée qui a presque passé, et je ne me suis pas éloigné de plus de 100m de la cabane.

 

le développement de l’humour : peut-être une conséquence inattendue d’être le plus souvent seul, dans des conditions moyennement aisées.

au-dedans, il devient un compagnon quasi constant.

et je me rappelle alors là ce qu’en disent les sages tibétains, comment ils savent le pratiquer. et je suis en fait assez content d’en arriver là, au-delà d’une tendance à la gravité qui pouvait parfois prendre le pas. ça n’est pas arrivé subitement, mais pas à pas depuis quelques temps déjà.

c’est Bébert qui va être content de me voir autant progresser.

pas de vent ce soir, je l’aime furieusement, mais là ça apaise quand même pas mal quand ce vieux bougre s’absente.

je me couche de plus en plus tôt.

 

04.02.13

Causse.

moins froid ce matin au réveil. ciel très bas, légère pluie. les nuages rampent sur la lande et la forêt.

je suis quasiment à la moitié de ce mois ici.

pas de vent, juste le bruit du poêle.

je suis dans une cabane, comme celle de la plui.

tout est bien gris aujourd’hui, peu de lumière. je vais aller sans doute me balader dans le sombre vallon de Font Longue, mais manque d’entrain, pas loin de l’ennui.

reste toujours les tâches coutumières, et puis lire, écrire, regarder l’un des films que j’ai emportés dans l’ordi.

la météo annoncée pour les deux jours à venir n’est pas bonne, exécrable même : vent violent, plus que tous les autres jours, pluie, averses de neiges, risque d’orages avec grêle…

 

balade assez longue, avec un passage où j’ai dû vérifier mon chemin à la boussole, le tracé ne collant pas avec la carte.

bois : fendre, trier, ranger…

à 18h de nouveau à la table, à écrire avec le café…

évidemment le fantasme de solitude heureuse et de silence créatif est une illusion. on s’y emmerde même parfois. on le sait, on y croit quand même. et à chaque fois on repart.

il y a (quand cela est choisi évidemment) du bonheur là-dedans, du calme de fond, mais pas que. aussi de la trouille parfois, des minutes flottantes, des heures longues, des journées vides.

je pense souvent à ceux qui subissent des solitudes, physiques, psychiques, non désirées, vrillant la tripe, la couenne, « la panique des cellules » comme me l’écrivait un jour Philippe Rahmy… j’en ai vécu quelques périodes. bien trop déjà pour savoir à quel point ça n’est ni véritablement imaginable ni véritablement dicible.

ici évidemment il s’agit d’autre chose. mais j’y pense souvent, c’est tout.

silence, juste le poêle.

à la moitié donc presque…

je ne sais pas comment sera le retour…. quel décalage, ou non, j’éprouverai. je ne cherche pas un quelconque « bénéfice », ça répond juste à un besoin, à un moment. permet aussi de mener une réflexion, une pensée en tâche de fond de quelques sujets intimes que l’on souhaite avancer.

peut-être il me restera juste ce presque silence.

demain, voir un petit peu de monde ne sera pas de refus.

j’attends la météo pourrie.

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