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Hommage au psychanalyste André Green 

vendredi 10 février 2012, par Régis Poulet

André Green est mort le 22 janvier dernier. De la psychanalyse — dont la rumeur voudrait qu’elle soit en déclin — nous n’entendons parler depuis un certain temps qu’à l’occasion de polémiques : les pénibles vaticinations de Michel Onfray à propos de Freud, l’engagement d’Elisabeth Roudinesco dans la défense du père de la psychanalyse, et plus récemment la polémique de la famille Lacan-Miller à l’encontre des déclarations de cette dernière dans Lacan, envers et contre tout.

Ce serait à se demander si la psychanalyse a encore une place dans le champ épistémologique contemporain et futur. Et pourtant les questions qui se posent avec elle, contre elle (à son contact) et par elle demeurent. L’arrivée — pas si récente : années 1960 — des neurosciences et de la psychologie cognitive et comportementale a semblé donner ’un coup de vieux’ à la psychanalyse. Si les méthodes de l’une et de l’autre diffèrent, c’est surtout au niveau de leur but que l’on peut se faire une idée de ce qu’elles sont : les thérapies cognitivo-comportementales travaillent à la suppression du symptôme sans tenir compte de la singularité du sujet, ce qui a fait dire qu’elles oeuvraient à la normalisation des sujets aux standards de la société ; alors que la psychanalyse — dont André Green rappelle qu’elle ne se range pas sous la doxa lacanienne de l’inconscient structuré comme un langage — vise notamment à faire prendre conscience au sujet de ce qu’il ignore de lui-même, et cela non par la ’dissolution’ de sa singularité dans l’application de protocoles standardisés mais par le processus de co-construction à l’oeuvre dans la relation analytique.

En 1983 et en 2008, Daniel Friedman — auteur-réalisateur et sociologue au CNRS — a mené une enquête auprès d’une quinzaine de psychanalystes (ensemble publié en 2009 par les Éditions Montparnasse que nous remercions à cette occasion pour leur autorisation à citer des extraits) dont André Green.


Dans ce premier extrait, le psychanalyste revient sur l’évolution de la psychanalyse depuis la première entrevue, notamment en ce qui concerne la connaissance du psychisme humain :


André Green - La psychanalyse, connaissance la plus développée du psychisme humain
Copyright Éditions Montparnasse, 2009

Contre une évolution du travail de psychanalyste qu’il regrette, André Green rappelle quelles en sont les tâches :


André Green - la responsabilité du psychanalyste
Copyright Éditions Montparnasse, 2009

Alors, affirme-t-il, que "le petit névrosé d’autrefois" guérissait presque tout seul après quelques années d’analyse, André Green constatait en 2008 la grande diversité de patients qui rend plus difficile la pratique du psychanalyste :


André Green - nouveaux symptômes et passages à l’acte
Copyright Éditions Montparnasse, 2009

Là où l’on voit mal les sciences cognitivo-comportementales dresser un tel constat, André Green voit dans la violence le mal du siècle :


André Green - le Mal du siècle
Copyright Éditions Montparnasse, 2009

Pour prolonger ces extraits, on pourra utilement se reporter à l’Entretien avec André Green autour de ses dernières publications conduit par Dominique Baudesson ; entretien au cours duquel le psychanalyste revient notamment sur la question de la violence.

Voir ici pour une bibliographie commentée.


P.-S.

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Contenu du coffret des Éditions Montparnasse

Voir ici pour le détail des 14 dvd.

1 Message

  • Hommage au psychanalyste André Green 11 février 2012 16:55, par Aliette Guibert Certhoux

    Cet hommage s’imposait ! La psychanalyse manque déjà et manquera... mais on y reviendra quand le pouvoir changera. Du moins j’espère, même si depuis elle a changé.

    Je pense que la question de l’accès des psychologues comportementalistes aux soins n’est pertinente qu’en matière d’abolitionnisme de la psychanalyse hospitalière et d’économie et de la déontologie médicale ; c’est une question purement et simplement politique.

    La loi Acoyer en 2004 a inauguré un cycle scandaleux contre la protection individuelle en France. Elle gère le pire aujourd’hui, une société rendue malade — et toxicomane — par sa thérapie même : prescriptions des thérapies des laboratoires commerciaux pour des médicaments pacificateurs (Prozac, Ritaline et autres du même genre dits "médicaments de confort" gérant les troubles comportementaux) qui écrasent tout le pays — dès la plus tendre enfance, au lieu de prendre en considération l’origine psychologique souvent familiale ou environnementale des troubles comportementaux des enfants (dont hyperactifs) dus en réalité au défoulement de l’angoisse ou de l’absence de structure par la profusion contradictoire des messages reçus (question d’éducation dans le milieu familial et à l’école) : en réalité on isntalle une dépendance addictive et ses conséquences pour la vie entière.

    Nous sommes un des plus gros consommateurs du monde de ces médicaments après les USA, or ils ne sont achetables que prescrits, donc cherchez l’erreur... Une mine de ressources dans le cadre du commerce pharmacologique mondialisé et qui contribue à la ruine de la sécurité sociale, de surcroît !

    Les psychiatres chimiothérapeutes, non psychanalystes, ont mordu à l’hameçon du pouvoir pour régler leur vieux compte avec la psychanalyse au moment où elle commençait à s’instituer dans la médecine de secteur (hospitalisation à domicile en particulier amis aussi hospitalisation sous la dépendance d’un chef de service médecin).

    L’autre aspect du néo-comportementalisme c’est qu’il adhère aux prescriptions gouvernementales étant libéré du code de déontologie corporatiste (qui suppose entre autre le secret professionnel). Cela va de pair avec l’avènement du contrôle liberticide et avec la restauration de l’internement d’office pour résoudre une partie de la répression de la délinquance des jeunes ou des adultes face à des prisons surchargées qui n’ont plus de place pour les petits délits ou à des familles qui craquent.

    Autrefois les petits délits étaient amnistiés à chaque élection présidentielle, cela faisait de la place.. aujourd’hui ils ne le sont plus (depuis trois mandats). Ce n’est plus l’accumulation du stock c’est l’accumulation des problèmes.

    Donc le déclin de la psychanalyse querelle ou pas n’est pas réellement un problème d’épistémologie (certes mais ailleurs autrement), du moins au niveau des décisions de santé. C’est un problème d’opportunisme des lobbies et des polices au pouvoir contre les individus, qui lève toute les barrières citoyennes de l’intimité et de la vie privée.

    La question de la vérité universelle de l’œdipe et de l’inconscient n’est pas ce qui l’emporte dans l’introduction du néo-comportementalisme en France.

    Car les grands comportementalistes fondateurs n’étaient pas du tout dans la résolution du symptôme dissocié de l’inconscient. L’école de Palo Alto c’était essentiellement la question du langage présidant à l’auto-représentation comportementale, etc. C’était la question de la liberté, de la désaliénation... tout le contraire de ce que le néo-comportalisme pratique !

    Ce que nous avons introduit ici c’est lé néo-comportementalisme qui va avec le néo-conservatisme, le néo-libéralisme, etc.

    On n’allait plus rembourser la psychanalyse (trop longue et/ou trop coûteuse), mais la psychologie comportementaliste à la place, pragmatique, exécutive rapide, car elle était soi-disant plus économique... Dont acte : à 8 ans exécutifs de cela le résultat est atroce.

    Pour un bilan sur la loi Acoyer les lacaniens ont été le plus longtemps réfractaires et ont combattu jusqu’à la dernière seconde contre.

    E.R elle avait fait ses compromis tardifs mais les avait faits. JA Miller ne les a jamais faits. Il faut le savoir quand même. Et ce n’était pas qu’une question de chapelle et de succession magistrale, car cela ne pouvait rien changer sur sa propre clientèle étant majoritairement au dessus de la question du remboursement...

    Donc à juste titre collectif, les lacaniens avaient fait un site engagé dans criticalsecret en 2004 dont les critiques valent encore, l’opus N°14. L’éditorialiste était - est - la psychanalyste Yasmine Grasser (psychanalysée par Lacan).

    Voir en ligne : Résistances- au cœur de la tourmente

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