André Green est mort le 22 janvier dernier. De la psychanalyse — dont la rumeur voudrait qu’elle soit en déclin — nous n’entendons parler depuis un certain temps qu’à l’occasion de polémiques : les pénibles vaticinations de Michel Onfray à propos de Freud, l’engagement d’Elisabeth Roudinesco dans la défense du père de la psychanalyse, et plus récemment la polémique de la famille Lacan-Miller à l’encontre des déclarations de cette dernière dans Lacan, envers et contre tout.
Ce serait à se demander si la psychanalyse a encore une place dans le champ épistémologique contemporain et futur. Et pourtant les questions qui se posent avec elle, contre elle (à son contact) et par elle demeurent. L’arrivée — pas si récente : années 1960 — des neurosciences et de la psychologie cognitive et comportementale a semblé donner ’un coup de vieux’ à la psychanalyse. Si les méthodes de l’une et de l’autre diffèrent, c’est surtout au niveau de leur but que l’on peut se faire une idée de ce qu’elles sont : les thérapies cognitivo-comportementales travaillent à la suppression du symptôme sans tenir compte de la singularité du sujet, ce qui a fait dire qu’elles oeuvraient à la normalisation des sujets aux standards de la société ; alors que la psychanalyse — dont André Green rappelle qu’elle ne se range pas sous la doxa lacanienne de l’inconscient structuré comme un langage — vise notamment à faire prendre conscience au sujet de ce qu’il ignore de lui-même, et cela non par la ’dissolution’ de sa singularité dans l’application de protocoles standardisés mais par le processus de co-construction à l’oeuvre dans la relation analytique.
En 1983 et en 2008, Daniel Friedman — auteur-réalisateur et sociologue au CNRS — a mené une enquête auprès d’une quinzaine de psychanalystes (ensemble publié en 2009 par les Éditions Montparnasse que nous remercions à cette occasion pour leur autorisation à citer des extraits) dont André Green.
Dans ce premier extrait, le psychanalyste revient sur l’évolution de la psychanalyse depuis la première entrevue, notamment en ce qui concerne la connaissance du psychisme humain :
André Green - La psychanalyse, connaissance la plus développée du psychisme humain
Copyright Éditions Montparnasse, 2009
Contre une évolution du travail de psychanalyste qu’il regrette, André Green rappelle quelles en sont les tâches :
André Green - la responsabilité du psychanalyste
Copyright Éditions Montparnasse, 2009
Alors, affirme-t-il, que "le petit névrosé d’autrefois" guérissait presque tout seul après quelques années d’analyse, André Green constatait en 2008 la grande diversité de patients qui rend plus difficile la pratique du psychanalyste :
André Green - nouveaux symptômes et passages à l’acte
Copyright Éditions Montparnasse, 2009
Là où l’on voit mal les sciences cognitivo-comportementales dresser un tel constat, André Green voit dans la violence le mal du siècle :