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Etrange XIXe siècle

Dernier ajout : 20 juin 2013.

L’âme du XIXe siècle fut ouverte au lointain, à l’inconnu, à l’étrange et au surnaturel. Les romans gothiques d’Ann Radcliffe et d’Horace Walpole, les romans historiques de Walter Scott illustrent parfaitement ce goût pour le Moyen Âge, pour l’étrange et le mystère. La supercherie des Poèmes d’Ossian, chants épiques attribués à un barde du IIIe siècle et qui sont en fait du poète James MacPherson, montre bien la fascination du XIXe siècle pour un passé plus reculé. Nombreux sont les écrivains qui aiment cultiver les expressions de la peur et de l’inconnu pour répliquer aux « certitudes » rationnelles et scientifiques de leur époque et renouer avec l’irrésistible plaisir associé à la transgression des lois de la Raison. Le goût de l’étrange et du surnaturel, inséparable de l’évocation d’un « ailleurs » (l’époque médiévale aussi bien qu’une contrée lointaine), caractérise ainsi les œuvres de Coleridge. Avec Le Double de Dostoïevski (1846), l’hésitation entre l’étrange (explication par la folie de Goliadkine) et le merveilleux (présence d’un double usurpateur) n’est plus fondamentale. L’atmosphère d’irréalité qui entoure le récit n’est pas donnée comme un problème à résoudre par le lecteur, mais comme un style. Par la suite, Dostoïevski abandonnera ce style fantastique pour se situer plutôt du côté de l’étrange, mais d’une certaine façon on peut dire que le style fantastique de Kafka découle directement de celui de Dostoïevski. C’est aussi au XIXe siècle qu’apparaissent la psychiatrie et la psychanalyse, deux disciplines ayant pour objet l’étude et le traitement de la maladie mentale. Avant la naissance de leur clinique, on aimait se représenter l’homme comme un être cohérent, rationnel et maître de sa personne ; après elle, on sait celui-ci divisé, fuyant et habité par des forces inconnues. Le fantastique, véritable miroir de son époque, traduira bien les angoisses associées à cette nouvelle image de l’être humain. Il soulèvera, entre autres, la question qui nous concerne tous : « La normalité existe-t-elle réellement ? »

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