« Ô, je ne sais pas si c’est vrai, mais ce qui arrive arrive.
Encore faut-il y être, c’est-à-dire être où ça arrive, c’est à dire au croisement :
là.
Ici.
Ce croisement a lieu sur le papier, gâce au truchement Pascal,
à cause de, grâce à,
grâce est encore un autre nom,
grâce est une petite partie parmi les truchements
il y a beaucoup de biais, un autre nom pour la cause
raison, biais, cause… toujours aussi indénombrables
le poids des choses et de la chair, le train qui va et dessine. »
Jean-Luc Guionnet
in Le truchement Pascal
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Traîner
C’est la pratique du son vivant qui m’a (re)conduit au dessin.
Il y a plus de vingt ans, je jouais alors avec une guitare électrique couchée sur table, « guitare environnée » dont l’un de ses objets proches était un vieux walkman. J’en utilisais les sons de cassettes, puis celui des circuits imprimés court-circuités […]. Ayant par cette méthode détruit tous mes walkmans, je les dépouillais pour ne garder que le moteur et les plateaux tournants sur lesquels vinrent se frotter des feuilles de papier, plastique, polystyrène et autres. Pour moduler ces sons j’utilisais mes doigts ou de fines baguettes, comme un stylo. Et là, révélation, je découvris qu’avec le même geste je pouvais moduler un son et obtenir une trace graphique […]. La destruction fatale de mes fragiles walkmans m’a conduit à l’assemblage d’un appareil plus solide et performant que j’ai nommé « surface rotative ».
Avec cet appareil comme avec les walkmans éviscérés, j’attache une feuille de papier à une tige qui vient tournoyer sur la surface rotative, imprimant ainsi son mouvement au papier qui tremble alors comme feuille au vent.
Lorsque je pose la pointe fine sur le papier j’ignore ce qui va arriver, mais c’est cette première trace qui va orienter mes choix.
J’ai commencé ainsi à dessiner dans les trains.
[…]
L’infime vibration du train en marche me traverse jusqu’aux doigts qui tiennent le stylo et ceux qui tiennent le support en papier. Il ne me reste plus qu’à laisser l’encre se déposer/errer et moduler plus ou moins ce geste de dérive galvanisée.
Ces dessins apparaissent par accumulation de touches d’encre et de durées successives, à l’instar d’une improvisation sonore où chaque moment est chassé par le suivant. Pourtant, le dessin, une fois achevé, reste et chaque détail est indice d’un moment différent alors que le son disparaît et ne peut que signer son effacement dans la mémoire.
Improvisation graphique qui sur le papier laisse la trace de son cheminement, le dessin indique ici l’élément de la durée, durée d’un acte de lutte, de travail, de trouvailles, de grâce, d’attente.
[…]
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…Écoutez ! Pascal Battus…




