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De l’immatériel au papier : aux îles Kerguelen 

samedi 8 novembre 2014, par Robin Hunzinger

En 1997, on pouvait lire sur Uzine : "Le Web indépendant, ce sont ces millions de sites offrant des millions de pages faites de passion, d’opinion, d’information, mises en place par des utilisateurs conscients de leur rôle de citoyens. Le Web indépendant, c’est un lien nouveau entre les individus, une bourse du savoir gratuite, offerte, ouverte ; sans prétention. Face aux sites commerciaux aux messages publicitaires agressifs, destinés à ficher et cibler les utilisateurs, le Web indépendant propose une vision respectueuse des individus et de leurs libertés, il invite à la réflexion et au dialogue. Quand les sites d’entreprises se transforment en magazines d’information et de divertissement, quand les mastodontes de l’info-spectacle, des télécommunications, de l’informatique et de l’armement investissent le réseau, le Web indépendant propose une vision libre du monde, permet de contourner la censure économique de l’information, sa confusion avec la publicité et le publi-reportage, sa réduction à un spectacle abrutissant et manipulateur.

Pourtant le Web indépendant et contributif est menacé ; menacé par la fuite en avant technologique qui rend la création de sites de plus en plus complexe et chère, par l’écrasante puissance publicitaire du Web marchand, et bientôt par les accès dissymétriques, les Network Computers, les réseaux privés, le broadcasting, destinés à cantonner le citoyen au seul rôle de consommateur. Déjà la presse spécialisée, si avide des publicités d’annonceurs qui récupèrent à leur profit la formidable richesse du Web contributif, et fascinée par les enjeux techniques et commerciaux de l’Internet, réserve quelques maigres lignes aux sites indépendants, occulte l’enjeu culturel du réseau, expédie rapidement la mort des sites pionniers du Web artisanal, quand elle glose en long et en large sur le nouveau site de tel vendeur de soupe. La création d’un site personnel y est présentée aux utilisateurs comme une motivation très annexe, loin derrière les possibilités d’utilisation en ligne de sa carte de crédit."

C’est la rentrée... Depuis 1998 nous avons déjà 16 rentrées derrière nous, et combien devant ? Et qu’avons nous gardé de ce manifeste que nous avions signé, tous, solidairement ?

L’époque est plus compliquée. Le site subit des attaques et nous devons assurer la continuité, l’histoire et le futur de la revue. Sans cesse le code est à revoir, à améliorer. Sur le sujet lire cette Esthétique du web qui rouille.

Nous sommes ici, indépendants, sans publicité, sans abonnement payant et nos lecteurs contribuent à la bande passante et au serveur mutualisé.. "Cette revue numérique, si elle a vécu aussi fort les années passées et jusqu’à aujourd’hui c’est que éditorialement nous y avons exactement travaillé en anarchie. Je n’en connais pas deux comme ça en France. C’est aussi ça le projet de la revue des ressources, car c’est comme ça qu’elle a fini par émerger elle-même de la gratuité et du volontariat solidaire de ses éditeurs."

Justement, parlons de notre travail éditorial. Le rythme des publications en ligne se calme cette année alors que notre travail d’éditeur papier prend lui de l’ampleur.

En juin nous avions publié "Panorama géopoétique" de Kenneth White (entretiens avec Régis Poulet). Aujourd’hui, nous proposons un nouveau titre, "Aux îles Kerguelen" de Laurent Margantin, un auteur que nous connaissons bien puisqu’il al longtemps fait partie du comité de rédaction de la Revue des ressources.

Ce texte a d’abord été publié sous la forme de "blogbook." en ligne. C’est ainsi que nous l’avons découvert. Il y est toujours présent.

Alors pourquoi le publier en papier ?

Nous croyons qu’il y a quelque chose de complémentaire entre la lecture web et la lecture papier. Lorsque nous avons créé la revue en 1998, nous avions vu dans le web un formidable moyen de toucher des lecteurs du monde entier en décloisonnant le lectorat des revues papier. Tout à coup, nous pouvions rentrer en contact avec des lecteurs et des auteurs du monde entier. De véritables communautés "d’intérêt commun" étaient en train de naître. Des inconnus, jamais rencontrés dans le réel, devenaient des amis proches avec qui ont pouvait parler de "recours aux forêts" ou d’André Breton.

Aujourd’hui, dans une époque ou l’immatériel est partout, nous trouvons justement subversif de faire de l’édition papier, à contre courant. En imprimant certains textes venant du web, nous leur donnons un nouveau sens, un nouveau regard, une autre vie.

Personnellement, quand j’aime un album de musique écouté en ligne, je le cherche ensuite en vinyle. J’aime ouvrir une pochette, mettre le disque sur la platine, entendre un son unique. Cette semaine, à Londres, j’ai découvert avec bonheur, qu’il y avait à nouveau des disquaires indépendants à Brixton et à Camden Town. J’y ai vu des jeunes gens d’une vingtaine d’année trouver des disques. Ils m’ont parlé de l’objet, complémentaire de leur smartphone. Ils évoquaient l’objet à désirer. J’ai parlé à l’un d’entre eux de ma bibliothèque : J’aime y fouiner, ouvrir des pages, écorner des livres. Lorsque je pars en voyage j’ai besoin d’avoir des films, des livres et de la musique sur ma tablette. Mais je n’ai pas le même rapport avec cet objet. Je jubile juste d’avoir sur un disque dur tout ce qu’il faut (plusieurs milliers d’ouvrages, de musique et de films) pour tenir loin de tout pendant plusieurs années. Mais je préfère par exemple lire le traité du rebelle de Junger (que j’ai mis plusieurs mois à trouver dans son édition papier), qu’un fichier, ou un google book en PDF. C’est incomparable. Un livre numérique est l’équivalent de ce qu’est le MP3 au vinyle. En revanche, il existe sur internet de véritables créateurs qui savent mêler, images, textes et vidéos et qui proposent de véritables oeuvres qu’on ne peut trouver qu’en ligne.

"Aux îles Kerguelen" fait partie de oeuvres-là. C’est un magnifique vade-mecum. Il parle de littérature et de liberté, de voyage intérieur et extérieur, du dedans, du dehors, car "du livre au monde, il existe pourtant un chemin."

Nous vous proposons de le découvrir en version papier

... et pour fêter la sortie du livre, nous donnons durant une semaine carte blanche à son auteur, Laurent Margantin…. qui sera le programmateur de la RdR durant toute la semaine du 10 au 16 novembre.

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