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Le bonheur moderne ? Tensions et doutes de la cité. 

jeudi 4 septembre 2014, par Frédéric L’Helgoualch

" REGARDEZ-MOI ! "

" Je n’ai rien à cacher. " De toute façon... Parfois, j’imagine ma petite boîte virtuelle, celle à mon nom, quelque part, au milieu des milliards d’autres petites boîtes, toutes stockées dans un entrepôt gigantesque et immatériel. À l’intérieur, l’intégralité de mes données personnelles, l’historique de mes navigations, de mes clics sur la toile, tout, absolument tout depuis mon domptage de la souris. Sites favoris, achats en ligne, messages échangés, géo-localisation, photos identifiées... — " C’est plus compliqué ", m’explique-t-on avec condescendance. Ah ? Si vous le dites. ’Respect de la vie privée’, ’confidentialité des données’, bla-bla-bla... — " Tu n’y comprends que tchi, tu vires parano ! ", me lancent des amis geeks. Ont-ils pensé à changer tous leurs mots de passe suite à la — comment disent-ils, déjà ? Ah oui ! — ’faille’ nommée Heartbleed ? — " Le recoupement des données, de toute manière, est impossible et illégal. Ne sois pas sot ! " Je me retiens de rétorquer à ces habitués que, à mon avis, de l’autre côté du globe, quelques inconnus doivent bien connaître jusqu’à leurs positions sexuelles préférées. Et si même Youporn devenait un mouchard ? Quelle illusion d’intimité, fut-elle médiocre, leur resterait-il ? Aux cris d’orfraie, je réponds par des initiales : N.S.A. - " Accident de parcours ", me lancent en chœur mes experts. Soit. À l’heure, cependant, dans le monde, où les populismes et les extrêmes gagnent en puissance, au risque de passer pour un pisse-vinaigre, autorisez-moi à imaginer le pire. Même une application innocente comme Tumblr pourrait s’avérer compromettante. Elle abrite déjà moults photos intimes, voire pornographiques, certaines arrachées aux cams privées, ou aux chats de rencontres trop expressifs. D’autres, sur Instagram, sont volées et détournées. Et Snapchat, finalement, conserve les clichés censés s’auto-détruire. Sur le web, rien ne disparaît, tout laisse traces et pistes. Il ne manquerait plus que la reconnaissance faciale et, le piège serait total. Ah, mais... Voilà, j’ai encore un virus de retard. Ça y est, c’est fait : Facebook le lance bientôt ! Pour, dixit, " aider les utilisateurs à mieux classer leurs photos. " Sont-ils serviables... Tout va bien alors et les cookies sont nos amis. Spielberg et son ’Minority Report’ étaient, finalement, assez visionnaires. En espérant que George Orwell et son ’1984’, eux...

DES MAUX SUR LES MURS

Laissons-leur la parole : ils sont bavards, souvent éloquents. Certains ronchonnent, voire hurlent à l’illégalité face aux libertaires qui osent s’exprimer sans avoir levé le doigt. Peu importe : au petit matin, de nouveaux discours, de nouveaux cris, de nouvelles révoltes et dénonciations, de nouveaux espoirs et rires sont à découvrir sur les façades des immeubles, les volets de fer des magasins, les boîtes aux lettres, même (logique). Tous ne les voient pas, ne savent pas les déchiffrer. Beaucoup ne considèrent les graffitis et les collages que comme des signes supplémentaires de la déliquescence de la jeunesse urbaine. Ils sont pourtant, à mes yeux en tout cas, une fantastique grille de lecture de l’humeur d’une ville, d’une population. Il est loin le temps des gribouillis sales et laids qui n’étaient, au final, que des signatures posées là comme autant de marqueurs territoriaux et, peut-être aussi, existentiels. Désormais, les pochoirs de Miss.Tic rivalisent d’intelligence et de créativité sur les murs grisâtres et fatigués de la cité. Les collages poétiques d’un Fred-le-Chevalier égaient la ville et n’ont rien à envier aux saillies spirituelles et coups de crayons noirs et dépressifs d’un Tristan-des-Lymbes. Codex Urbanus et ses animaux imaginaires collés dans les coins semblent annoncer une proche apocalypse nucléaire. Konny et ses ersatz de Kate Moss tristes et boudeurs décrivent, eux, une apocalypse morale déjà là. Un sourire, en levant la tête, en apercevant un panneau routier sur lequel s’est abattu le nommé Clet cette nuit. La flèche de circulation transperce un cœur, désormais. Parfois, le sens interdit est porté par un travailleur harassé, nous rappelant d’un trait, à tous, par cette ironie soudaine, surgie à un feu rouge, notre position de petite fourmi besogneuse ici-bas. Les masques de Gregos, en hauteur sur un immeuble ou dissimulés derrière une gouttière, veillent sur la ville et ses habitants, vigies auto-proclamées aux mille couleurs qui, bien sûr, ne se déparent jamais de leur air sarcastique et peccamineux. Les obsessions se répètent, se dévoilent : l’amour, le manque, l’argent-roi, la suffisance des puissants et de ceux qui comptent, l’inventivité et la générosité des artistes, la peur du futur, les méandres du passé ; l’espoir d’un mieux. Et, peu importe que ceux qui, à force de persévérance, ont réussi à se faire un nom dans la rue et dans le milieu soient côte à côte avec des anonymes car, de toute façon, tous ces frondeurs seront réduits au silence sous peu ; les karchers municipaux assurant à tous, comme le font à l’origine les murs vierges, une parfaite égalité. C’est en cela, aussi, que le street art est beau : il ne peut être que temporaire, à l’image des humeurs. Et, tout comme elles, il n’en finit jamais de revenir. Encore. Encore et toujours, poussé par un besoin incontrôlable de s’exprimer, de montrer et de dire.

DÉCHAÎNEMENT

Au détour d’une rue, un spectacle banal s’offre aux regards passants et désormais désabusés : un Vélib torturé, selle démise, chaîne pendant à terre, roues tordues et guidon taggé. Certes, il est toujours attaché à son socle de départ mais, celui-ci ne sillonnera plus les rues de la cité. Il ne facilitera plus la vie de quiconque, ne donnera plus d’illusion champêtre en pleine ville à personne. Ceux qui, avant d’attaquer leur journée de travail enfermés dans un immeuble, prenaient plaisir à donner quelques coups de pédale nerveux ou paisibles, nez au vent (fut-il saturé de particules néfastes — de toute façon...) en seront pour leurs frais. Ses bourreaux l’ont donc laissé debout, comme pour que tout le monde le voit mieux. Que tout un chacun se rende compte de leur hargne, colère et puissance. Plus prosaïquement, peut-être n’ont-ils tout simplement pas eu la force nécessaire à son détachement. Ils se rêvaient en géants car ils n’étaient que des nains. L’année passée, 44% du parc parisien a été saccagé (source : Nouvel Observateur mai 2014). Soit 8000 vélos à 650€ pièce. Face au coût exorbitant des réparations (5 millions d’euros, publics, évidemment), le projet de déployer de nouvelles stations Vélib en banlieue parisienne a été suspendu. Les habitants des banlieues seront donc, par ricochet et, encore une fois, pénalisés par la bêtise de quelques frustrés. Une quarantaine de vandales appréhendés ont été condamnés par le Parquet, en début d’année, à une " réparation pénale " (venir travailler dans les entrepôts Decaux à la retape des vélos, pour échapper à une peine plus sévère). Hurlant au " travail forcé " (...), des militants anarchistes ont décidé de répondre à cette sentence par la destruction supplémentaire de... 350 engins ! Rire ou pleurer, le choix est cornélien. Les autres grandes villes européennes aussi ont adopté ce nouveau mode de transport urbain. Bien sûr, personne ne peut se prévaloir d’une délinquance zéro mais, jamais, nulle part, de Lisbonne à Vienne, aussi — voire parfois plus sévèrement — touchées par la crise, n’a-t-on vu autant de carcasses dans les rues, de pneus crevés, de vélos abîmés. Jamais n’a-t-on vu tant de gens ennuyés par si peu de monde. Jamais n’a-t-on toléré la montée supplémentaire de la déprime générale à cause de quelques décérébrés. Paris serait-elle devenue à ce point invivable ? La France n’offrirait-elle donc plus aucun autre mode d’expression aux protestataires ? " Détail ", " anecdote ", répondent certains ? Eh bien, la vie quotidienne, pourrait-on objecter, est principalement faite de cela : de détails et d’anecdotes. Raison de plus pour ne pas les négliger. Et, surtout, y répondre. Vite. Car le politique aussi, surtout, se nourrit de ceci.

LES CHAIRS ROMANTIQUES

Je déambule dans la galerie, lentement, très lentement, comme commotionné. Si le but de l’art est de créer malaise et réflexion, alors, j’ai bien choisi mon expo. Les peintures d’Erwann Tirilly, posées sur les murs immaculés, offrent des corps affaissés, crûment dessinés mais, voluptueux et comme traversés, malgré leurs positions équivoques, de tensions internes. Les chairs ne sont pas magnifiées, elles sont relâchées, comme après une étreinte sauvage ou, allez savoir, une séance d’onanisme à peine achevée. La gêne m’envahit : je me sens presque voyeur, pénétrant dans la chambre à coucher du personnage qui, lui, prend ses aises, peccamineux, l’œil faussement ingénu. Il est seul, toujours seul, comme déjà abandonné par l’autre, à peine la jouissance des corps atteinte. Ils n’auront même pas partagé la douche : l’inconnu est déjà parti. Jusqu’à la prochaine fois. Allez savoir pourquoi, moi, celui-là, je le vois comme un flâneur de l’amour ; un vagabond du désert sentimental. La succession d’amants rencontrés, d’odeurs découvertes, de torses embrassés, de muscles enlacés, tous déjà oubliés et, aussi, et, surtout, de toutes ces promesses non-dites mais, espérées, secrètement, à chaque fois, à chaque rencontre. Les personnages sont là, posés, offerts aux regards impitoyables du monde et des gens de passage, ceux qui ont bien voulu les voir, un instant. Ils s’en foutent, des œillades réprobatrices, la nudité ne les dérange pas car, ce qu’ils veulent vraiment, eux, ce qu’ils camouflent désespérément, leurs yeux le dévoilent, leurs bouches tordues le révèlent. Un baiser, au moins ? Le prochain, peut-être...

(Publié dans Têtu mag juillet août 2014).


(Erwann Tirilly )


Y’A D’LA JOIE

Moi qui ne prends jamais le bus, je ne suis pas déçu du voyage. Pendant ma semaine de travail, je saute d’un métro à l’autre pour gagner du temps. Peu de problèmes, chacun, urbanité oblige, s’en tient souvent à regarder ses chaussures ou le plafond, collé à ses voisins, contrôlant sa respiration, en attendant de pouvoir s’élancer dans les couloirs tel le Lapin Blanc de Lewis Caroll, " je suis en retard, je suis en retard, ouh là là, je suis en retard ! " Mes jours de repos, je slalome en Velib (lorsque j’en trouve un qui n’a pas encore été saccagé) entre les piétons qui passent au rouge sans se presser, menton levé et assurance en bandoulière, les voitures qui freinent brutalement, les scooters qui me prennent de haut et les taxis qui me frôlent en me traitant, à travers leur vitre ouverte, de " raclure ".

Mais, aujourd’hui, le temps est clément, j’ai envie de voir la ville et guère de désir de jouer aux sardines momifiées ni au punching-ball pour chauffards stressés. Va donc pour le bus ! Je m’écarte avant de monter : une vieille femme descend laborieusement par la porte avant. Elle ne me jette aucun regard, manque de planter sa canne dans mon pied. De rien, madame. Je paie mon ticket. Le chauffeur me jette la monnaie plus qu’il ne me la rend. Histoire sans parole. Plus de place assise, je m’accroche aux barres. J’avais oublié que les autobus étaient des réserves à personnes âgées et à femmes-poussettes. La cohabitation n’a pas l’air évidente.

— " Vous me saoulez avec vos charioles ! Vous êtes trop nombreuses ! ", grommèle un antipathique vieillard, pourtant confortablement assis, en fixant une jeune mère qui se débat avec les freins de son engin.

— " Vous me saoulez ! "

La femme, timide probablement, ne recadre pas le vieil aigri. Personne ne réagit. Le ronchon descendra au prochain arrêt, fier de son effet. La place libérée est prise d’assaut et donne lieu à une passe d’arme entre deux rombières :


— " Je suis plus âgée ! "
- " Oui mais, moi, j’ai été opérée des hanches. Donnez-la moi ! "

Dans mon dos, alors que le véhicule est sorti de son couloir et se retrouve coincé dans un embouteillage, j’entends une jeune voix qui balance :
- " Qu’est-ce qu’il fout, ce blaireau ? Allez ! J’ai cours, moi. Toquard ! "
Stop. De nombreuses personnes tentent de monter mais, peu, malheureusement, sont descendues. Un visage déformé par l’énervement se penche soudain vers moi :
- " Mais, avancez ! Avancez donc ! Vous voyez bien qu’il reste de la place ! "

Euh... A moins d’écraser le petit bonhomme qui est près de moi, je ne vois guère où je pourrais me mettre. Hormis m’accrocher en l’air tel un paresseux sur sa branche mais, ma dignité en prendrait un sérieux coup. 
- " Mais qu’ils sont bêtes ! Mon Dieu, qu’ils sont bêtes ! "

Je ne relève pas ; j’ai plutôt envie de rire face à une telle agressivité stérile. La conversation d’à côté, je l’entends plus que je ne l’écoute. Les dames parlent fort, elles tiennent meeting :
- " La France est fichue, je vous le dis ! "

Et les impôts, le gouvernement, la jeunesse actuelle, les couples gays, et vas-y que je canarde, canonne, démolis, ratatine et m’agite : tout y passe. Ça n’est pas le café du commerce mais, le bus de la commère. Voire, de la colère. Léonarda, prénom soudain célèbre, est hachée menu par les dadames si sûres de leur valeur. Digression obligée sur l’immigration, sur " avant, au moins, avant... " Je détourne la tête, nauséeux. Un coui-coui familier retentit.
 — " Tiens, prends ça ! "

Un tweetos hargneux, sans doute, dans son coin, courageux anonyme, vient de régler son cas à la cible virtuelle du jour. Bon. Je ne suis pas arrivé mais, je vais descendre. Je finirai à pieds. En gagnant la porte, à mes polis " pardon ! ", certains s’écartent en soupirant, comme si je les dérangeais. D’autres miment les autistes. Ironique, je chantonne intérieurement " bonjour, bonjour les hirondelles... " Mieux vaut, pour le moral, en rigoler. La porte s’ouvre enfin. Je saute sur le trottoir, respire à pleins poumons. Ma décision est prise : je vais m’acheter des rollers.

(publié sur le site du Huffington Post sous le lien : http://m.huffpost.com/fr/entry/4576382)

CETTE BABEL-LÀ N’A-T-ELLE JAMAIS EXISTÉ ?

Était-ce un mythe, un souvenir lointain dont nous aurions redessiné les contours, un rêve gentiment adolescent qu’il est si cruel d’abandonner ? N’a-t-elle jamais existé, cette Babel-là ? Melting-pot de tribus Rebeu, Feuj, Black, Blanche, jaune, de prolos, de middle-class, d’aristos increvables, d’hétéros, de gays, de bi, de vieilles racines Chrétiennes, de solides branches athées, de greffons Juifs, de nouvelles feuilles Musulmanes, de bourgeons Bouddhistes, même ; Conservateurs, Progressistes, indifférents, indécis mais, peu importait, peu importait les catégories, elles n’étaient que facilités de langage : l’essentiel était d’être là, présent dans la Cité, vivant et réceptif au monde, aux autres, à tous ces condensés d’humanité que nous rencontrions encore ; riches de leurs histoires, forts de leurs différences. Gourmandise d’apprendre, de découvrir, désir d’échanges, de surprises. N’a-t-elle jamais seulement existé, ailleurs que dans nos esprits, cette Babel-là ? Certains y ont cru, après quelques simples matches de foot. Black-Blanc-Beur ! Avec le recul, on grimace car, on connaît la suite. On s’est fait avoir, comme des bleus, par de bons communicants. On nous a vendu de l’espoir comme un baril de lessive. Ou alors, nous n’avons pas fait ce qu’il fallait. Nous n’avons pas su douter de nous-mêmes. Nous avons transformé les facilités de langage en chapes de plomb. Chacun dans sa chapelle, nous observons les voisines telles des ennemies, sûrs de notre vérité. Oubliant ce qui nous liait, nous rassemblait tout de même. Un peu. En vrai. Ce fil magique, sacré, invisible qui nous entourait et nous tenait loin des abysses de la Haine, dans cette communauté de diversités, protégés par une laïcité intouchable. Cette utopie-là se meurt, sous les assauts violents, décuplés des égoïsmes. Et, avec elle, l’idée d’une Babel apaisée.

(publié sur le site du Huffington Post sous le lien : httpp ://m.huffpost.com/fr/entry/4753268/ )

REHAB ESTIVALE : QUITTER PANAME !

La lassitude est sur le point de l’emporter. Elle est montée, s’est répandue, a invariablement gagné en puissance au fil des mois. Les coups de coude gratuits au sein de la foule anonyme, les Klaxons migrainants dans la rue à cran, les crachats sauvageons à quelques centimètres de nos grolles, sur les trottoirs noirs de monde ; les clapiers disputés, que l’on re-décore parfois en inversant le lit avec la commode (que faire de plus ?) ; les loyers prétentieux, les transports-safari, les agressions verbales version punching-ball facile ; les mines désagréables et les absences répétées de courtoisie : mélange détonnant, accumulation sans fin de petites irritations quotidiennes qui ont fini par lui ouvrir la voie, par lui assurer une victoire écrasante. Notre bonne volonté, nos promesses de self-control et d’optimisme à toute épreuve n’ont pas suffi : le pont-levi est démoli, les coups de bélier ont été trop rudes, bien trop brutaux et répétés. Les cours de pilate, les parties de squash, les apéros after-work entre collègues (pfuu... Toujours les mêmes têtes...), l’album apaisant de Nu Linh ou le tempo world-music de Lek Sen en rentrant du boulot : chacun a tenté de lutter avec ses armes et selon ses goûts mais, la cité est toujours la plus forte, non ? " Le charme urbain ", se persuadent encore certains. Eh bien, le cours actuel de l’adrénaline est fort élevé, alors ! Les biles s’agitent, les bronches s’encrassent, les nerfs se pelotonnent et les langues n’en finissent plus de siffler. Mais enfin, ça y est, beaucoup se rapprochent du Graal : les vacances seront bientôt là ! Certains s’envoleront se dépayser alors loin de la Gaule et de sa conjoncture morne mais, même ceux-là s’arrêteront sans doute, quelques jours au moins, dans leur région d’origine, retrouver ces racines qui, au cours de l’année, sans qu’on s’en rende vraiment compte alors, nous ont à tous tant manqué. Paris n’est surtout faite que de nouveaux venus (malgré les protestations un peu snob et datées de beaucoup) et l’heure n’est plus aux masques - ras-le-bol des postures ! Il est temps d’éloigner la grisaille, temps de respirer à pleins poumons, au plus près de ses souvenirs d’enfants, si possible ! Retrouver, pour certains, le lac de Serre-Ponçon, où mioches, ils attrapaient les têtards et piquaient des têtes avec leurs cousins perdus de vue depuis ; s’amuser à trouver des formes aux rochers mystérieux de la baie de Concarneau avant de partir déguster les inimitables crêpes bigoudennes au blé noir qui sembleront alors faire resurgir à chaque bouchée un nouveau souvenir que l’on croyait enfoui, posé à une terrasse de l’Ile-Tudy, le visage caressé par la brise tiède. D’autres partiront à la recherche des cascades de Purcarracia ou des aiguilles de Bavella et de ses bassins d’eau pure dont ils croyaient avoir perdu le chemin mais qu’ils finiront par retrouver, comme au bon vieux temps où ils y guettaient l’apparition des nymphes (peut-être, cette fois-ci, secrètement, surveilleront-ils encore...) Seuls, avec leurs enfants, leur parentèle retrouvée, leurs amis, leur compagne ou compagnon, quelle que soit la météo et le nom de la région d’origine, ce bastion du cœur jamais oublié, désormais joyeusement partagé et transmis : le temps du repos et des racines retrouvées arrive ! Jusqu’au moment, où...incurables têtes à claques ambivalentes et ingrates, ressourcés et apaisés, nous soupirerons : - " Bon... C’est bien gentil mais, la ville me manque. J’ai hâte de rentrer à la maison ! " Finalement, celle-ci a toujours plusieurs portes et elle se meut avec nous en mode escargot, dans notre tête et dans nos chairs. Pour l’instant, profitons bien de notre toute première chaumière et de son jardin alentour, ceux sur lesquels nous sommes tous pour toujours bâtis.

(publié sur le site du Huffington Post sous le lien : http://m.huffpost.com/fr/entry/5515341)

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