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8 mai 1945 : Victoire au jour de l’Europe ! / 8 mai 2013 : ? 

Est-ce pour cela que nous nous sommes battus ?

mercredi 8 mai 2013, par Harry Leslie Smith, Louise Desrenards (traduction)

Le Jour V en Europe : c’est le 8 mai, la Fête de la Victoire, pour mémoire des réjouissances populaires qui marquèrent la signature à Berlin de la fin de la seconde guerre mondiale (au moins en Europe), l’année 1945 [1], par les plus hauts représentants des États des forces alliées atlantiques et soviétiques, victorieuses de l’Allemagne nazie. Ce protocole avait été précédé par la capitulation de l’état-major allemand, signée la veille, à Reims. Ce jour est appelé par les anglophones le « V-E Day » Victory in Europe Day. « Le jour V en Europe ».
Ce n’est pas seulement cette commémoration mais encore l’hommage aux combattants et aux résistants et surtout aux réformes sociales par les gouvernements de la Libération qui suivirent, à l’origine des États Providence exemplaires du monde moderne et postmoderne, que Harry Leslie Smith célèbre aujourd’hui. Parce que ces États de la solidarité publique maintenant menacés voire détruits par les règles des États néolibéraux et leur règne impérial de la valeur financière réclament notre mobilisation.
Vétéran britannique de la seconde guerre mondiale et résidant au Canada depuis une cinquantaine d’années, Harry Leslie Smith est un homme de gauche, ancien trade-unionniste et soutien actuel de la gauche unitaire au Royaume Uni. Il se lève de nouveau pour combattre, comme purent le faire avant lui les représentants du Conseil National de la Résistance en France, parmi lesquels les regrettés Raymond Aubrac et Stéphane Hessel récemment disparus, mais encore un militant et syndicaliste comme Georges Séguy, toujours parmi nous, lorsque dès 2004 ils s’alarmèrent publiquement, appelant à lutter contre les réformes cadrées par le second mandat présidentiel de Jacques Chirac sans cohabitation. Non plus contre un nouvel Hitler, mais contre les responsables diffus du réseau néo-libéral et néo-conservateur visant à l’abolition des droits sociaux et humains dans le monde [2].
Au Royaume Uni, la protection sociale vient d’être radicalement réduite voire à néant par le gouvernement conservateur de Cameron, avec l’aval de la plupart des parlementaires travaillistes [3]. Harry Leslie Smith en appelle à la raison, il exprime en quoi ces droits valent d’être défendus pour la force des peuples et la qualité de leur démocratie, ressources nécessaires afin d’affronter les nouvelles épreuves qui pourraient survenir. (L. D.)


EST-CE POUR CELA QUE NOUS NOUS SOMMES BATTUS ?


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Paris, le 5 mai 2013
Une jeune activiste portant une pancarte personnelle
pendant la manifestation
Source FB © Catherine Le Conan


Chaque année, les pluies de printemps arrivent lourdes et drues sur une terre desséchée et affamée. La vie renaît de la longue torpeur de l’hiver. La beauté de cette transformation annuelle me pique comme une épine de rose qui m’accrocherait les doigts. Ces jours qui s’allongent me rappellent un autre temps où j’étais un jeune homme. À l’époque, les rayons du soleil étaient tout autant sensuels et chauds, mais au milieu de la splendeur de la nature en train de renaître, la beauté de la saison était entachée par la mort. C’était en 1945 et l’Europe était toujours fermement tenue dans les poignes moribondes d’une Guerre mondiale cruelle et impitoyable.

C’était ce conflit qui avait consommé près d’une centaine de millions de vies à travers des batailles militaires, des bombardements aériens, et le meurtre de masse pur et simple. Pendant cinq années de guerre, au long des défaites et des luttes acharnées, le calendrier était passé des étés humides aux couleurs crépitantes de l’automne à l’amertume de l’hiver, puis de nouveau à l’optimisme du printemps. En même temps que les aiguilles des horloges dans chaque foyer et sur la place de chaque ville avançaient, marquant de jour en jour notre temps mortel dans cette lutte entre le bien et le mal, les soldats étaient tués ou mutilés sur nos fronts militaires, les convois coulés dans le froid de l’Atlantique Nord, les villes réduites à des gravats, laissant affamés les enfants orphelins.

Partout la mort recouvrait le monde, depuis trop d’années verrouillées depuis les semailles jusqu’aux récoltes. Nous étions un monde en guerre. Et pour ceux d’entre nous, britanniques, le coût en vies ruinées et perdues fut énorme. Mais cela n’avait pas d’importance parce que nous croyions que la cause était juste, et que nous venions des souches les plus humbles ou les plus huppées, nous étions tous ensemble dans cette guerre. C’était cette foi commune et partagée entre nous-mêmes, dans l’idée que chacune de nos contributions de la plus grande à la plus petite était importante pour l’effort de guerre, que nous connûmes à travers ces heures sombres. C’était ce qui nous avait empêchés de lâcher [4] en attendant que nos chances aient tourné — quand la guerre contre l’Allemagne nazie atteignit sa fin sanglante au printemps 1945.

Dans ces jours grisants menant à la paix j’avais juste vingt-deux ans — aussi vert que l’herbe qui avait commencé à se dresser parmi les charniers silencieux. En transitant de la libération de la Hollande aux restes de l’Allemagne nazie en train de s’effondrer, je fus sûr d’une chose : j’étais un homme verni. J’avais eu ce qu’on appelait à l’époque une bonne guerre et je ne fus pas déçu d’avoir survécu. J’avais fait ma part sans jamais me soustraire aux ordres de mon agent payeur, pourtant j’étais un des rares à avoir eu de la chance, tandis que je servais dans la RAF : la mort m’avait évité.

Je me sentais béni par la bonne fortune alors que plusieurs autres — qu’il s’agît d’amis, de voisins, de connaissances ou de parfaits inconnus — furent loin d’être aussi chanceux. Jamais il n’allaient connaître d’avoir vingt-cinq ans ni de pouvoir s’enraciner et de s’accroître d’une famille ni de goûter les fruits de la paix. Je savais ce que le reste de mes compatriotes savait : les morts avaient sacrifié leur existence à contre-cœur pour préserver la civilisation de la vie.

Cela peut-être la raison pour laquelle chaque printemps je me rends toujours, en dépit d’avoir maintenant 90 ans, jusqu’au cénotaphe commun de ma localité, aux noms de ceux que je ne connais pas gravés dans la pierre. Je lis à haute voix leurs simples épitaphes, leur âge et je me demande ce que seraient devenus ces jeunes gens s’ils avaient vécu. À quoi auraient pu ressembler leurs vies ? Auraient-il trouvé le véritable amour, le bonheur d’une profession gratifiante et celui d’avoir des enfants sains. Auraient-ils été contents de la démocratie pour la préservation de laquelle ils avaient combattu avec tant d’abnégation ? Voilà bientôt 70 ans depuis que les armes de la Seconde Guerre mondiale se sont tues, mais je ne suis plus certain que ceux qui sont morts auraient été d’accord pour que la société d’aujourd’hui vaille le prix de leur vie.

À mes yeux, ce nouveau monde à l’air de tout avoir faux, en désaccord avec ce que les hommes et les femmes de la Deuxième Guerre mondiale accomplirent avec « leur sueur de sang et leurs larmes ». Concernant nos politiciens, nos grands pontes des médias, notre complexe militaro-industriel, il paraît tout simplement trop désinvolte, trop facile, trop profane, qu’ils entonnent les noms des plages du Jour J., Sword, Juno, Gold et Omaha, comme si c’était le catéchisme de la liberté — alors que nos libertés individuelles et collectives sont aujourd’hui plus en risque qu’elle ne le furent jamais depuis la fin du nazisme.

Nous avons en quelque sorte rompu notre lien solennel avec ces guerriers d’hier et oublié que lorsque les survivants de la Seconde Guerre mondiale étaient rentrés chez eux, ils étaient comme la grande marée, celle qui soulève tous les navires. Les gens de ma génération, nous avons partagé l’expérience de la souffrance, le témoignage du génocide, du nettoyage ethnique, et celui de la persistance des privations indicibles, quand rassemblés, civils et soldats, au moment d’exiger notre dividende de la paix, nous fîmes preuve de vigilance. Nous savions ce que nous méritions : un futur qui ne ressemblât pas à notre passé âpre et dur. « La terre verte et plaisante » fut pour tout le monde après la guerre [5] parce que nous avions saigné et des nôtres étaient morts pour elle. Nous avons exigé une société véritablement démocratique où le mérite soit récompensé et personne ne soit laissé pour compte de la pauvreté, de la mauvaise santé ou du manque d’éducation.

Après la guerre nous avons révolutionné le Monde Occidental et introduit la notion que tous les gens aillent mériter la dignité, la liberté de mouvement, le processus du recours légal devant la justice, et les protections de la sécurité sociale pour préserver ceux affectés par des incertitudes économiques. Nous savions que le coût de ne pas créer une société juste aurait été la fin de la démocratie et une condamnation à la misère à perpétuité pour trop de personnes dans notre pays. Nous savions que le prix de ne pas créer et de ne pas maintenir des services médicaux universels aurait été un retour à une société à deux niveaux où les moins nombreux auraient dominé le plus grand nombre.

Pourtant, aujourd’hui, dans un monde où nos réserves de richesse sont aussi profondes et énormes que tous les grands fleuves du monde réunis, nos politiciens, les institutions financières et les industries mégalithiques nous disent que nous ne pouvons plus nous permettre ces droits, au sujet desquels les hommes sacrifièrent leur vie pour la liberté de vivre dans la dignité d’une société charitable. On se fait dire par les responsables que nous ne pouvons plus vivre avec ces produits de luxe tels les soins de santé, les fonds propres de pension d’État, des salaires décents, des syndicats et la plupart des aspects du réseau de nos services publics et sociaux.

A 90 ans je suis trop vieux pour reprendre le combat, trop vieux pour me tenir dans les manifestations avec une pancarte dénonçant cette folie. Tout ce que je peux faire, c’est témoigner de mon époque et de notre lutte héroïque d’avoir combattu il y a longtemps Hitler, puis les hommes détruisant les fondations qui avaient rendu la civilisation tolérable et décente pour ses habitants.

Le problème avec la société d’aujourd’hui n’est pas le manque d’argent ni la dette, mais le manque d’idées, le manque d’engagement de nos gouvernants à réaliser que leurs électeurs soient les gens, pas les banquiers des villes, gérants des hedge funds dont la seule loyauté s’adresse à leurs grands livres plutôt qu’à la communauté. Je ne sais pas si nous allons sortir de ce monde de ténèbres. Peut-être que l’humanité va simplement se retirer dans les grottes d’où nos ancêtres sont venus parce que nous aurons été intimidés par des partis égoïstes et les dirigeants politiques d’entreprises douteuses. Pour le bien des générations à venir, j’espère que non. Mais il y a une chose dont je suis certain, vu les politiciens et les mandarins d’affaires au pouvoir aujourd’hui, qu’en 1939 ils n’auraient pas eu le jus de combattre le nazisme. Il n’y aurait pas eu de Dunkerque, aucune Bataille d’Angleterre, aucune Heure de Gloire [6]. Nos dirigeants actuels de part et d’autre de la maison [7] auraient permis que les lumières s’obscurcissent à travers l’Europe [8], ce qui après tout aurait été la solution, la moins coûteuse et la plus prudente, à la tyrannie d’Hitler.

Harry Leslie Smith


Source New Left Project, Harry Leslie Smith, Is This What We Fought For ? (7 mai 2013). [ Mise à jour le 9 mai 2013 : L’article source est repris ce jour dans la colonne Comment is free du journal The Guardian, sous le titre Is Cameron’s Britain what we fought for in the war ? (La Grande Bretagne de Cameron est-ce pour cela que nous nous sommes battus en guerre ?) et devant l’afflux des commentaires mentionné avec le portrait de l’auteur en Front page de l’édition générale.]


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Paris, le 5 mai 2013
La barrière de la Nation aux couleurs de la protestation
Source FB © Catherine Le Conan


P.-S.



- En logo : la foule new-yorkaise à Times Square célèbre le jour même la victoire, le 8 mai 1945 (source Antithesis, Victory in Europe Day !).

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- Welfare State britannique.

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En France, c’est dans le second volet du Programme du Conseil National de la Résistance que le programme social et la tendance politique de l’économie de l’immédiate après-guerre et du projet pour l’avenir sont informés sous le titre Les jours heureux. Il a toujours été défendu sans réserve par la gauche dont c’est un flambeau, bien qu’il n’ait pas été rédigé exclusivement par la gauche mais par une majorité de centre gauche et de centre droit des différents comités de résistance, unis avec ceux moins nombreux de la gauche mais de la première heure, comprenant notamment des syndicalistes et les partisans communistes unifiés, également membres du CNR, qui l’ont amendé et agréé. En effet, l’objet était non seulement de remercier pour leurs sacrifices les résistants en France qui avaient lutté à leurs risques et périls et l’armée française en exil qui avait combattu avec la RAF ou dans les forces secrètes, et de relancer de façon urgente l’économie, mais encore d’une façon efficace et unitaire d’éviter la guerre civile qui aurait pu surgir à la Libération dans un pays sortant de la collaboration avec les nazis (ce qui n’était évidemment pas le cas de l’Angleterre qui néanmoins appliqua un programme semblable). Notamment entre les anciens collaborateurs et les résistants et entre les résistants (les plus radicaux notamment les non staliniens ne souhaitant pas rendre les armes), et dans une guerre de classe générale de la masse sociale elle-même pour mémoire du Front Populaire et de ses suites. Ce qui explique la solidarité exemplaire indispensable autour de l’inspiration de gauche, pensée politique qui avait été réprimée avec acharnement par le gouvernement de la collaboration, dont ce programme témoigne, et raison pour laquelle il fut institué sans délai et quasiment mot pour mot, pour la reconstruction du pays dans un esprit de justice qui supportât la paix civile. Bien sûr cette paix civile allait être difficile à avaler pour toutes les familles endeuillées, tous ceux qui avaient cruellement souffert de la délation et de la répression pendant la Collaboration et dont beaucoup connaissaient des proches torturés ou morts sous la torture, ou dans les camps (et parfois en cours de transport), comme pour les survivants des juifs qui avaient été massivement raflés et exterminés, et pour tous ceux qui s’étaient solidairement battus d’une façon ou d’une autre non seulement contre l’occupant mais contre le gouvernement vichyste, car l’épuration concernant une majorité de la population sinon active du moins complice n’allait jamais pouvoir être générale. D’où le radicalisme et la générosité de ce programme de l’égalité pour soulever l’énergie du peuple (pour reprendre l’expression insulaire d’Harry Leslie Smith dans sa métaphore de la grande marée, qui soulève tous les navires). Le premier volet du programme était consacré à l’union et à la tactique militaire ultime des maquis et de l’armée pour la libération du pays et de Paris, fédérée sous les ordres du Général de Gaulle, liant les mouvements de résistance de droite aux mouvements de résistance de gauche afin de former un mouvement d’intégrité nationale incontestable face aux alliés — pour préserver la souveraineté politique et le statut international du territoire. (Présentation d’après des informations directes sur la résistance et la Libération et d’après l’article éponyme dans fr.wikipedia).

Appel à la commémoration du 60e anniversaire
du programme du CNR du 15 mars 1944

Article publié le 10 mai 2004
Source Groupe Attac : Programme CNR


Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.

Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succéderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer ».


Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.


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Notes

[1] Tandis que l’Europe se réjouit de la fin de la seconde guerre mondiale, en Algérie l’anticolonialisme se réveille ; la population et les partis nationalistes indépendantistes ne cachent pas la revendication de leurs droits dans les manifestations communes célébrant la paix, et connaissent le premier jour d’une répression sanglante de masse, du fait de la police qui tue un jeune scout nationaliste, puis de l’affrontement entre manifestants qui en résulte, puis de l’armée appelée par les représentants de la France coloniale, connue sous le nom de massacres de Sétif et Guelma (les deux villes où il eurent principalement lieu). Selon les chiffres des services secrets américains (encore actifs en Algérie, suite à la guerre), chiffres intermédiaires entre ceux des deux parties, le 8 mai aurait connu 20 000 blessés et 17 000 morts, parmi lesquels une centaine de blessés et une centaine de morts européens. Événements tragiques considérés comme les prémices de la violence de la guerre d’indépendance dont la première insurrection générale éclatera moins de dix ans après (la Toussaint rouge, 1954).

[2] Parmi lesquels, accélérant le processus durant le mandat suivant, les représentants du MEDEF dont Denis Kessler, alors adjoint de Antoine Seillère, président de l’organisation, et qui inspira la présidente suivante jusqu’en 2013, Laurence Parisot. Denis Kessler qui s’était engagé pour Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale des présidentielles de 2007, avait publié cette déclaration dès le 4 octobre, en éditorial de Challenge, où il disait explicitement : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ! ». Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! (Source archivée dans le site de mediapart).

[3] La réforme des prestations sociales britannique peut-elle inspirer la France ? (Atlantico, 10 avril 2013).

[4] Winston Churchill : “Keep Buggering On” (mot d’ordre : KBO) — « Quoi qu’il arrive, ne lâchez rien ».

[5] “In England’s green and pleasant land” est le dernier vers de la dernière strophe d’une courte poésie que William Blake avait écrite en seconde partie de la préface de son poème épique Milton, qui devint populaire en Angleterre sous le titre de la mélodie lyrique qu’en composa Sir Hubert Parry, Jerusalem. Tel un chant patriotique où l’utopie de la terre promise confère la douceur fertile de la campagne anglaise, la chanson fut interprétée pour la première fois pendant la première guerre mondiale, le 28 mars 1916, au Queen’s Hall de Londres. La strophe contextuelle : I will not cease from mental fight, / Nor shall my sword sleep in my hand, / Till we have built Jerusalem / In England’s green and pleasant land. (Je ne laisserai pas la bataille de la pensée, / Ni sommeiller mon épée dans ma main, / Jusqu’à ce que par nous Jérusalem soit construite / Dans la terre verte et plaisante [agréable] de l’Angleterre.). D’une guerre à l’autre, l’allégorie devint un mot d’ordre gouvernemental visant à encourager la production individuelle (et collective) de la nourriture végétale contre la famine, et dans les mêmes conditions l’activité horticole pour le charme apaisant du paysage quotidien, afin de lutter contre la peur et l’angoisse de mort, métaphore de l’effort de guerre national du peuple britannique. Mais cela ne concernait pas les plus pauvres car au moins fallait-il avoir un jardin fut-il réduit à un jardinet dans un habitat ouvrier. D’où la remarque par l’auteur : « La terre verte et plaisante fut pour tout le monde après la guerre »... La spécialiste des jardins, Ursula Buchan, vient de publier A Green and Pleasant Land : How England’s Gardeners Fought the Second World War aux éditions Hutchinson (avril 2013), à l’occasion des célébrations des fêtes de la Victoire, où elle recense cette histoire documentée (source amazon).

[6] “[...] Let us therefore brace ourselves to our duties, and so bear ourselves that if the British Empire and its Commonwealth last for a thousand years, men will still say, ’ This was their finest hour ’.” (Préparons-nous donc par nous-mêmes à nos devoirs, et comportons-nous par nous-mêmes, comme si l’Empire britannique et son Commonwealth allaient durer mille ans, les hommes disant encore : « Ce fut leur heure de gloire ») — dernière phrase du discours de Winston Churchill le 18 juin 1940, après que les Pays Bas et la France aient déclaré forfait, pour appeler le Royaume Uni à se battre en éclaireur solitaire, forcément héroïque et sacrificiel contre l’Allemagne nazie. Car ce n’est qu’en 1941, après la rupture du pacte germano-soviétique par Hitler attaquant l’URSS en juin, que Staline engagera son pays dans la guerre, puis devant l’engagement soviétique que Roosevelt signant la Charte Atlantique avec Churchill, en août, engagera les américains... Les deux paragraphes précédents : « [...] Hitler sait qu’il devra nous anéantir sur cette île ou perdre la guerre. Si nous pouvons lui tenir tête, l’Europe tout entière peut être libre et la vie avancer vers un monde ouvert et lumineux. Mais si nous échouons, le monde entier, inclus les États-Unis, inclus tout ce que nous avons connu et sur quoi nous avons veillé, va sombrer dans l’abîme d’un nouvel âge des ténèbres rendu plus sinistre, et peut-être plus long, par les lumières de la science pervertie. [...] »

[7] La gauche et la droite des partis parlementaires en démocratie.

[8] Discours de Winston Churchill le 18 juin 1940, op.cit. ; le même jour que Churchill appela les britanniques à se battre, le Général de Gaulle en exil à Londres envoya aux français l’Appel du 18 juin diffusé depuis Londres par la BBC. On peut le lire avec une présentation du contexte dans le site http://www.charles-de-gaulle.org.

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