La Revue des Ressources

Côte d’ivoire - année zéro 

Un masque blanc sur une peau noire

lundi 1er août 2011, par Robin Hunzinger

« De la partie la plus noire de mon âme, à travers la zone hachurée me monte ce désir d’être tout à coup blanc. Je ne veux pas être reconnu comme Noir, mais comme Blanc … En m’aimant, elle [la Blanche] me prouve que je suis digne d’un amour blanc … On m’aime comme un Blanc. Je suis un Blanc. Son amour m’ouvre l’illustre couloir qui mène à la prégnance totale. J’épouse la culture blanche, la beauté blanche, la blancheur blanche. Dans ces seins blancs que mes mains ubiquitaires caressent, c’est la civilisation et la dignité blanches que je fais miennes. »

Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs

Dans quelques jours, nous allons partir à trois en Côte d’Ivoire. C’est un grand voyage que nous attendons depuis longtemps, tous les trois, pour différentes raisons.

Pour Timothée mon fils : « Papa a la peau blanche. Celle de Maman est noire. Parce qu’elle vient d’Afrique. J’ai 5 ans. Dans quelques jours, j’irai dans le pays de maman. Je vais rencontrer pour la première fois mon grand-père noir. Et je vais voir des tigres, des crocodiles, des éléphants. Je vais manger de l’igname au petit-déjeuner et cueillir des ananas autant que je veux. »
Quel nouveau regard mon fils va-t-il porter sur son père ? Sur sa mère ? Sur lui-même ? Sur la misère ? Ce sera le regard d‘un enfant qui va découvrir le pays qui le constitue à moitié, regard étonné, curieux, surpris, en prise soudain avec la question essentielle du métissage.

Pour Aya ma compagne : « Voilà 7 ans que j’ai quitté l’Afrique. Depuis j’ai rencontré mon compagnon, eu un enfant. Depuis j’ai fait des études. Je parle à présent français presque sans accent. Je sais très bien ne plus rouler les R. Mais j’aime toujours les rouler. Je vais retrouver toute ma famille, mon père, instituteur, devenu sourd. Mes frères. Je veux aussi partir à la recherche de ma grand-mère, celle qui m’avait élevée quand ma mère m’avait laissée à 5 ans, là-bas. Que vont-ils penser de moi ? Que je les ai oubliés trop longtemps ? Que je les ai trahis ? Comment va se passer ce premier retour ? »
Et Aya, comment va-t-elle vivre ce retour, avec la distance de ce qu’elle a appris, ou avec la nostalgie de ce qu’elle a perdu ?

Et pour moi-même : « Je ne suis jamais allé en Afrique. C‘est un autre monde. J’ai un peu peur. Comment va-t-on me percevoir ? Comme le Blanc ? Comme l’Autre ? Comme le fils des colonisateurs ? »

Que va m’apporter ce voyage ? Comment voit-on ce pays lointain qu’il est de plus en plus dur de rejoindre ? Comprends pas. Que pense-t-on de cette diaspora partie en métropole française et qui envoie chaque mois des mandats ? Et de ses hommes et ses femmes qui se sont mariés là-bas ? Avec des blancs ? Qu’est-ce qui a changé 50 ans après les indépendances ? Est-ce que la couleur de peau est encore importante ? La France est-elle toujours considérée comme un Eldorado ? Comment vit-on aujourd’hui la langue française ? Comment les africains nous regardent ? Que pensent-il de nous et de leurs blancs à eux, les expatriés ?

La RdR vous propose durant 15 jours de suivre ce voyage qui est un film en devenir à travers prises de notes, sons, vidéos.

Ce carnet suivra Timothée qui va rencontrer cette autre part de lui-même, Aya partant retrouver les siens, et moi-même découvrant le pays et la famille de celle que j’aime.

Trois expériences pour la découverte de ce pays, pas seulement celle d’un pays de légendes, pas seulement celle d’une immense beauté mêlée à la misère, mais découverte surtout d’un renversement des valeurs, le noir y devient blanc, le blanc, noir. En effet en Afrique, il n’y a pas de Noirs, il y a des Blancs.

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Premier jour : * Avant voyage : Un masque blanc sur une peau noire

Deuxième jour : * Abidjan : bienvenue au paradis

Troisième jour : * Abidjan : la mafia rose

Quatrième jour * En route vers Bouaké

Quatrième jour, suite Vers Sakassou

Cinquième jour * A Sakassou

FOCUS * Un texte de 1906 : Notre colonie la Côte d’Ivoire

Sixième jour * Beaux jours à Sakassou

Dixième jour * Dernière nuit à Sakassou

FOCUS * Une renaissance africaine par Régis Poulet

Onzième jour *La mort, les sorciers, le paradis.... DIEU

Douzième jour *Abidjan : "Yopougon mon amour"

Treizième jour *Abidjan - l’art des mots

FOCUS Que sont devenues mes idoles ? par Venance Konan

Quatorzième jour * Dernier jour à Abidjan

FIN * De retour de Côte d’ivoire

P.-S.

Remerciements à Real Productions qui a financé les repérages de ce film.

2 Messages de forum

  • Côte d’ivoire - année zéro 9 août 2011 16:24, par Souleymane

    Je vis à Abidjan. Je suis sûr que je vous ai vu à la Rue du commerce au plateau à Abidjan. Vous étiez deux Européens : l’un eu peu grand environ 1,85 et vous, environ 1,75M en compagnie d’une mère et deux enfants. Ce jour - là, j’ai senti la liberté qui émanait de vous, par le fait d’être en Afrique. j’ai reconnu ce sentiment en vous parce c’est quelque chose que j’ai resenti lors de mon retour en Afrique après un long séjour de presque 10 ans en Europe. A mon avis cette chose est lié à l’anarchie, le laissé-allé qu’on trouve en Afrique car il y a contrairement assez de rigueur en Europe.On n’est vraiment étonné de voir des représentant de l’état (police)prendre de l’argent avec des passants et autres. Ces situations qui contrastent aussi beaucoup avec l’Europe me donne l’impression d’halluciner. Et cette hallucination crée un effet de kick. Je ne pense pas que ce soit la même chose en Asie. Vous êtes Africain dans l’âme et c’est comme ça car vous aimiez l’Afrique avant de l’avoir visité ! c’est tout !

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    • Côte d’ivoire - année zéro 9 août 2011 22:47, par Robin Hunzinger

      Bonjour, oui on s’est croisé rue du Commerce. Je me suis promené du côté de Woodin à la recherche de pagnes... C’est drôle cela mais nous étions bien deux européens avec une femme noire et deux enfants. Effectivement il n’ y avait pas beaucoup de blancs au plateau et on était plutôt heureux d’être là.

      Merci beaucoup pour votre contribution.

      Robin Hunzinger

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