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D.A.F. de Sade

Dernier ajout : 28 septembre 2014.

« Aborder Sade est toujours comme entreprendre un voyage imprévisible. Personne ne peut vous conseiller, chacun s’y fait son propre chemin ; de surcroît, il est rare qu’on y parcoure deux fois le même. Plus que chez tout autre écrivain, la lecture de Sade est une aventure toujours recommencée. » (Jean-Jacques Pauvert, Sade vivant, tome 1, 1986)

Sade reste un auteur dérangeant deux siècles après sa mort en 1814. « Divin marquis », « grand seigneur méchant homme », et autres épithètes sont autant de masques qui révèlent des facettes de l’écrivain et philosophe mais peuvent aussi égarer ses lecteurs...

De nos jours, la pornographie la moins soutenable est accessible en un clic, pornographie dont l’étymologie [1] révèle bien ses accointances avec le monde d’un nihilisme moderne par lequel, selon Gianni Vattimo, tout est réduit à sa valeur d’échange.

Et pourtant Sade dérange...

Dans sa magnifique biographie en trois tomes sur Donatien de Sade — Sade vivant (1986, 1989 & 1990) — J.-J. Pauvert rappelle : « tout se passe au fond comme si depuis près de deux cents ans un siècle, puis l’autre avaient inventé deux manières inverses et successives de se débarrasser des questions que pose l’œuvre de Sade en travestissant son personnage. De 1800 à 1880, ou à peu près, on en fait un monstre, un fou, un malade dangereux [...]. Ensuite on commence à réhabiliter M. de Sade et le XXe siècle, particulièrement depuis quarante ans, le transforme en littérateur inventif mais coupé de toute réalité, dont l’imaginaire ne mène qu’au langage (Barthes), et qui "ne pousse pas au crime, ni au stupre, mais au texte" (Philippe Roger). Ou encore ce sera une sorte de précurseur de Kraft-Ebing et de Freud à la fois. Il n’y a pas à excuser Sade [...] » mais, ajoute le biographe et éditeur pesant ses mots, « il faut proclamer très haut que Donatien de Sade, 1740-1814, est un des cinq ou six génies universels de très grande dimension ; mais on n’en doit pas moins à la vérité d’énoncer tout aussi clairement que ce génie s’est montré un délinquant sexuel à peu près infréquentable et souvent dangereux durant la plus grande partie de sa vie libre, au regard des lois de son temps comme devant les nôtres. » Pauvert récuse tout autant l’opinion selon laquelle la radicalité de sa pensée serait le résultat de l’enfermement.

Il serait bien présomptueux d’affirmer que le présent dossier a pour but de faire lire Sade autrement. Il se place cependant résolument dans la continuité du travail d’Annie Le Brun dont Les châteaux de la subversion (1982), avant Soudain un bloc d’abîme, Sade (1986), fut un choc. Selon les mots du même J.-J. Pauvert à propos du premier essai, « soudain, voilà qu’on me reparlait du Sade que j’avais connu, de sa violence poétique. » D’un Sade vivant, dont « la pensée vivante renversait les Bastilles de mots dans lesquelles on avait voulu le réenfermer. Enfin, on écoutait vraiment Sade, on le lisait pour lui-même. » [2]

RP

Notes

[1] de pornographe : Étymol. et Hist.1. 1769 « celui qui écrit sur la prostitution » (Restif de la Bret, Le Pornographe) ; 2. 1834 « celui qui écrit des livres obscènes » (Boiste). Empr. au gr. π ο ρ ν ο γ ρ α ́ φ ο ς « auteur d’écrits sur la prostitution », comp. du gr. π ο ́ ρ ν η « prostituée » et de l’élém. -γ ρ α φ ο ς tiré de γ ρ α ́ φ ω « écrire ».

[2] Citations extraites du tome I de Sade vivant — une Innocence sauvage 1740-1777, Robert Laffont, 1986, pp IV-X

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