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Journal de Solange Rebuzzi (suite) 

Traductions de Márcia Marques-Rambourg

jeudi 30 septembre 2021, par Marcia Marques Rambourg (traductrice), Solange Rebuzzi

Journal de Solange Rebuzzi (suite)

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Lundi 19 juillet 2021

Tu parlais, parlais
et rien

Les mots creux
ne disent pas le jour (ils pensaient)

Les eaux les flammes
complaintes et colère

les hommes se réveillent
le matin empli de

douleur & sans arôme

Silence des oiseaux

Pour Greta

Dimanche 18 juillet 2021

Le matin de ce dimanche 

La lumière l’éclat le feu ajoutent
de la sagesse à un jour de dimanche
Et les mains restent [1] auprès des lettres

qui naviguent les terres mouillées [2]
entre arbres et maisons emportées 
en des eaux violentes

Les mots n’étaient pas suffisants
Les hommes fous sont sourds
Les dimanches ont besoin de repos

L’Allemagne La Belgique La Hollande
submergées par les eaux de leurs fleuves 
confirment le changement climatique

Aux États-Unis le feu se propage
au Portugal quelques étincelles 
ainsi qu’en Sibérie

Les morts s’amplifient
L’insanité aussi se répand
entre les syllabes épelées

Les mensonges ne se cachent pas
Sont irresponsables ceux qui coupent les arbres des forêts
Impudents ceux qui n’achètent pas de vaccins

Samedi 17 juillet 2021

Pas encore

Je n’ai pas encore dit le mot plus clair
la lettre juste sur la page ouverte
devant la mer
Rues de pierre et femmes confuses
à l’horizon les villes vides
ne furent pas assez écrites

Jours de douleur
ombres sur la table
cils mouillés
Pertes non attendues
Désespérées amputations

Nous n’avons pas encore défait le cirque
du planAlto [3] de terre lisse
couverte de bétail et de pesticides
Intensité appréhension 
Et tout respire dans le mirage
Dans la fascination du vide

Les nombreuses portes ne laissent passer la
transparence 
Je n’ai encore
presque rien dit
Ni les mains n’ont été
soulignées
alignées en syllabes
dans la souffrance des fourmis
de travail infatigable :
métro boulot dodo

Vendredi 16 juillet 2021

L’après-midi de cet hiver

Un journal marche chevauche trébuche…
Les nuages ouvrent des scènes claires
Roses rose rouges jaunes
fanent sèches par terre.
Nature rompue.
En Allemagne les pluies tuent.
Les mensonges, ici, sont meurtriers.
Déjouent les codes des hommes.

*

J’étouffe de préoccupation
Tu étouffes de douleur
Il (a le hoquet)…

L’ironie socratique peut nous aider.

16.07.2021

Qu’est-ce qu’une prière ?

Est-ce de la méditation ?
Une oraison ?
Une contemplation ?
Un acte de résistance !

Jeudi 15 juillet 2021

Les minutes d’un jour supplémentaire

En de fines couches
courent sur les pages
d’étranges expressions
d’hommes froids.

Dans le ciel blue
les mots arrivent
tournoyant en cercles.

La pendule dit :
l’heure de la prière.

14.07.2021

Note de la nuit

Un rêve flâna dans les draps.
Insista tremblant :
un morceau de mer.
Les yeux fermés vigilants.
Le mur blanc de la chambre
(mains rangées
sous la couette.)

Mardi 13 juillet 2021

S’il y a de la musique autour…

S’il y a de la musique autour que ce soit de la musique 
de l’écriture qui ouvre mes doigts
sur les touches noires du jour
sur la page lumière blanche

Si je veux vivre et j’insiste
sur un circuit plus humain,
je résiste les pieds plantés
en ce Brésil : terre d’amérindiens et de vastes mers

Palmiers, cactus, romarin, miel d’oranger
abeilles, alligators, colibris
S’il y a encore la fleur du mandacaru [4]
l’œil des étoiles

et ce que nous sommes dans plusieurs habitations
parce que je poursuis cette trace
et sens le flair d’un instant
que les fenêtres nous donneront à voir

Si j’en suis une ou beaucoup plus
je sais qu’il adviendra
un temps d’arbre et de branches
de chats et de chiens dociles

entre les marronniers de la plage
dans le hamac emporté par le vent du sud
(ta main et la mienne
joindront un autre réveil)

Rio de Janeiro, juillet 2021

[.…/…]

Notes

[1[NT] « Rester », dans le poème en portugais : « subsister ». Traduit ici, il acquiert une double acception : « demeurer » (les mains demeurent auprès des lettres) ; et « subsister » (les mains, c’est ce qui reste auprès des lettres).

[2[NT] Solange Rebuzzi choisit, ici, un usage transitif de « naviguer ». Choix de la traduction : « terres mouillées » déterminé par un défini. S’ensuivent d’autres modifications d’ordre grammatical : des suppressions d’articles indéfinis, des choix de pluriels, des changements de temps verbaux.

[3[NT] Le « Planalto » à Brasilia, capitale du Brésil, est le siège officiel du président de la République. Ici, Solange joue sur les deux constituants du mot « planalto » (« montagne », le plan haut ; en portugais « plano », « alto ») et sur les lettres majuscules et minuscules.

[4Espèce de cactus présent dans le Nordeste brésilien.

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