La Revue des Ressources
Accueil du site > Dossiers > Après les Rosenberg / Legacy of the Rosenbergs > Il y a 60 ans Julius et Ethel Rosenberg

Il y a 60 ans Julius et Ethel Rosenberg 

Suite d’une conversation commencée ailleurs...

vendredi 28 juin 2013, par Louise Desrenards



Il y a soixante ans à une semaine près, le 19 juin 1953, Robert et Michael, les jeunes fils d’Ethel et de Julius Rosenberg, tous soutenus contre les médias par le peuple de l’Amérique du débarquement contre les nazis, et ceux des pays qui avaient été libérés, vivaient le choc de l’exécution... Ce fut un crime délibéré d’État. Pourquoi ?




L es Rosenberg sont morts assassinés sur la chaise électrique (et Ethel Rosenberg suppliciée, car le bourreau dut s’y reprendre en plusieurs fois), pour régler le statut de la communauté juive du bon côté de la guerre froide. Ce fut le signe suprême en guise d’avertissement d’un retournement politique de la Présidence Truman, qui succédait à l’ouverture de la Présidence Roosevelt — consentante sur le principe du partage du secret de l’arme atomique avec la puissance communiste, à la demande des physiciens qui avaient présidé au programme sous cette condition, trouvant l’arme trop puissante pour être dans une seule main. Ainsi la condamnation des Rosenberg fut aussi une façon d’en finir avec les sympathies communistes présumées des principaux physiciens responsables de la bombe atomique américaine, parmi lesquels Robert Oppenheimer qui dirigeait le programme, et/ou responsables des échanges avec Roosevelt et avec les physiciens étrangers pour les convaincre de participer, tel Niels Bohr qui avait apporté à Einstein l’information donnée par Eisenberg que les nazis étaient au travail de réaliser l’arme totale, depuis laquelle Einstein s’était édifié de s’engager auprès de la Présidence américaine pour la réaliser aux États-Unis. Niels Bohr avait obtenu l’accord de Roosevelt pour le partage du secret de l’atome, à condition qu’il parvînt à convaincre Churchill : qui refusa.

Répétons toujours qu’Ethel, bien que communiste convaincue, n’avait jamais espionné ni renseigné, et que si Julius l’avait fait parmi un réseau d’amis, principalement des juifs ayant les mêmes convictions politiques que lui, ce ne fut pas lui qui transmit le secret de l’atome, que celui-ci fut transmis par Klaus Fuchs, un physicien allemand réfugié du nazisme qui travaillait pour la partie anglaise et canadienne du programme, qui l’assuma sans réserve auprès des services secrets et du tribunal militaire britanniques, qui ne fut pas condamné à mort mais à quatorze ans de prison dont il connut le terme à 9 ans de là et retourna en Allemagne de l’Est, où il fut honoré. C’est lui qui mena à Harry Gold, l’espion qui contacta le frère d’Ethel et beau-frère de Julius travaillant à Fort Alamo, David Greenglass, et qui inventèrent de toutes pièces, sous la menace assortie de certaines garanties, le témoignage attendu par le jeune procureur Roy Cohn qui instruisait l’affaire dans le sens attendu par le patron du FBI et le Président Truman. Les responsables du procès monté de toutes pièces savaient qu’ils faisaient condamner non seulement un homme coupable de renseignements non déterminants par rapport à l’accusation d’avoir livré le secret de la bombe atomique, mais de plus une innocente de toute activité d’espionnage. C’est un des plus grands scandales non seulement de la justice américaine mais encore de la Présidence et du département d’Etat de ne pas les avoir graciés après avoir délibérément constitué des faux témoignages. Ils ont été assassinés au nom d’un faux procès et de vrais-faux témoins (instrumentés par le chantage). Il fallait que ce fût une affaire communautaire et donc qu’une famille en subît division et sacrifice sur l’autel de la raison sociale de l’État capitaliste américain, instituant sur son propre sol la Guerre froide par la mort chaude. [1].

Pour ne pas parler de la misogynie criminelle au titre de laquelle Ethel, parce qu’elle tenait bon et droit, fut accusée partout dans les médias.

.Jusqu’au dernier instant Ethel a cru en la justice de son pays pensant qu’elle — ou l’exécutif suprême — leur rendrait grâce à juste titre. Mais tout au contraire, à en juger des années plus tard selon les déclarations du responsable de la justice au Département d’État des deux Présidences concernées, qui répondit au journaliste du New York Times lui ayant demandé « Mais alors, puisque vous saviez qu’Ethel était innocente pourquoi l’avez vous exécutée ?! » :

— Parce qu’elle n’a pas voulu croire à notre bluff ! (Sam Roberts, The Brother, 2003).

Pleurez les amis, avec leurs fils, en ce temps de mémoire et de deuil.



On me dit : « Je ne vois pas le rapport entre le règlement du statut de juif du bon côté, c’est à dire américain, et justement leur exécution, merci de préciser Louise. »

.Je réponds : « Il fallait la rupture de la diaspora avec le communisme international. Parce qu’une grande partie de la communauté juive (également illustre pour ses faits de résistance et d’espionnage dans ce camp contre les nazis en Europe et en URSS), aux États-Unis, restait alors attachée au communisme — ce fut la cible première du McCarthysme (dont à Hollywood). Les communistes américains étaient d’autant plus fragiles qu’en 1943 Staline pour convenir à ses alliés avait dissout le Komintern (l’Internationale communiste qu’il dirigeait au plus haut niveau). La communauté juive avait été parmi les premiers y compris en tant que syndicalistes contre le nazisme, à un moment où des industriels américains vendaient des chars et des blindés à Hitler. Or tout le procès fut organisé nommé coopté procuré accusé par des juifs non communistes, justement pour qu’on n’accuse pas les jurés et la justice américaine d’antisémitisme. Au moment des faits (donc dix ans avant le procès qui eut lieu en 1952), le pacte germano-soviétique [2] était déjà rompu et les russes se battaient à Stalingrad (depuis 1941), quand Roosevelt n’avait pas encore décidé d’entrer en guerre en dépit des pressions de Churchill. Roosevelt pouvait être allié avec les soviétiques mais était d’abord un pacifiste. »

Harry Leslie Smith (auto-biographe romancier et historien) condense : « I was 30 when this occurred and the media acted as shills for the government. Alas that 60 years on, the media acts no different when it comes to the Snowden affair. » (J’avais trente ans quand cela arriva et les médias agirent encomplices du gouvernement. Hélas soixante ans après, les médias n’agissent pas autrement au moment où cela arrive à l’affaire Snowden).

Un troisième ami : « FDR pacifiste ou isolationniste comme son peuple ? »

Je réponds : « Pas isolationniste, allié des soviétiques et même coopérant avec des échanges concrets, avant même les britanniques qui justement voulaient l’entrainer dans la guerre, il pensait en termes de paix vraiment, et de ne pas faire plonger de nouveau les USA tout juste redressés de la misère. Mais ce fut peut-être une erreur de tant traîner... ou une nécessité pour se préparer ? Dès la Présidence suivante qui lança la Guerre froide, les choses ne furent plus considérées de la même façon, et les échanges entre membres du parti communiste, consulat et ambassade soviétiques, ordinaires au temps de Roosevelt malgré Hoover qui les surveillait, devinrent soudain considérés comme des actes criminels... Quand on pense que très probablement Jacob Golos éminent américain stalinien du NKVD (police politique extérieure), minutieusement surveillé et tracé dans ses moindres déplacements par le FBI, s’était déplacé en Californie pour un séjour pas très long, juste le temps — et à la période — de monter l’assassinat de Trotsky, alors forcément on se dit aussi que Hoover était dans le coup de laisser faire, sinon dans le coup d’y avoir aidé. Donc Staline n’était pas un ennemi, c’est le moins qu’on puisse dire de l’époque de Roosevelt, quand on sait l’anticommunisme qui précéda et se poursuivit chez Hoover... Pour dire la situation de coopération et d’intrication des services secrets. »

Lorsqu’il y eut la crise de la Baie des cochons et des missiles russes à Cuba, c’est un ancien membre de l’ambassade soviétique de New York au temps de Roosevelt, Alexander Feklisov, devenu une personnalité importante dans la hiérarchie de l’espionnage soviétique, que Khrouchtchev fit appeler pour dénouer secrètement l’affaire avec la présidence Kennedy, en négociant l’engagement du retrait moyennant celui de ne ne pas envahir Cuba. Il l’obtint grâce à des arguments compréhensifs et une bonne maîtrise de la situation à la fois stratégique et humaine liée aux cultures respectives des protagonistes. Il connaissait Julius Rosenberg et plus tard dans ses mémoires il témoigna avec émotion sur lui, disant que ce qui était arrivé à Rosenberg (qu’il qualifie d’ami et à propos duquel il évoque de fabuleuses soirées passées ensemble où l’humour fusait) était triste, car totalement injuste, et lui-même n’ayant jamais compris pourquoi cela était tombé sur eux (plutôt que sur d’autres), et encore moins sur Ethel que Julius évoquait parfois mais la laissant en dehors de ces relations.

Mais une restructuration de l’ambassade et des services de renseignement soviétiques à New York avaient eu lieu après son départ en 1946, et il se peut que le directeur qui lui succéda, concentrant en un seul service les pouvoirs auparavant divisés en deux, à Manhattan, ait décidé de faire disparaître le réseau d’information, trop amical et/ou communautaire pour le goût du Kremlin, de son prédécesseur, et qui d’ailleurs ne servait plus à rien, puisque Julius étant considéré trop surveillé avait été prié depuis 1947 de ne plus avoir ni contact ni activité de renseignement, et le Consul Yakovlev qui avait diligenté Gold échappa à la condamnation, car jouissant de l’immunité diplomatique il fut simplement extradé vers l’URSS, d’où il poursuivit ultérieurement sa carrière sur l’Europe. Aussi, c’était une branche morte des services de renseignement soviétiques à New York qui fut donné au FBI pour arranger les affaires entre les deux États dont les relations étaient au plus bas (la guerre de Corée commence la même année que la délation qui mène aux arrestations). Julius Rosenberg a été dénoncé par quelqu’un qu’il ne connaissait pas et qui ne le connaissait pas davantage, qui ne connaissait que le frère d’Ethel et son épouse, et comme si cela avait été soufflé, soit par les soviétiques soit par les procureurs — comme si cela avait été la dernière coopération secrète pour solder le problème entre les deux puissances avant la chute de Staline (il meurt le 5 mars 1953, ce qui laisse supposer que le gouvernement américain respectât une ultime convention en n’exécutant pas les Rosenberg avant la disparition d’un ancien allié de la seconde guerre mondiale, même / y compris si le renouvellement de ses services de renseignement à New York avait pu entrer en jeu dans leur dénonciation), avant celle du mur de Berlin.

Quand la guerre gronde aux portes du Moyen Orient fausse bombe nucléaire ou faux gaz Sarin, sur fond d’immenses destructions et morts bien réels par de toutes autres armes, puis au point de reconstituer une guerre froide avec Moscou, Snowden, Assange, Manning, Swartz, sont tous des cibles comblant l’immense déficit démocratique et républicain advenu des pays du pacte atlantique, face à des dictateurs auxquels Guantanamo, le Patriot Act,et les victimes du programme Extraordinary Rendition, ainsi que les pays qui s’y sont prêtés, plus les deux cents agents introduits en France pour « sécuriser la guerre au Mali », pendant que la masse des gens qui crèvent de faim s’accroît sur le sol même de ceux qui veulent dominer au nom de leur exemplarité, n’auraient de toutes façons rien à envier.



Après les Rosenberg / Legacy of the Rosenbergs, La revue des Ressources.

http://www.rfc.org/, Rosenberg Fund for Children.

Facebook Rosenberg Fund for Children

Sam Robert, The Brother (amazon).

Sans la paix juste pour tous aucun deuil n’est possible.





Épilogue / Pour mémoire 2

Ici aussi les choses ont changé : outre l’anglais d’un Edward Said le français était une des premières langues étrangères de la culture palestinienne de la langue arabe pour les poètes comme Mahmoud Darwich disparu en 2008, et des essayistes comme Elias Sanbar toujours parmi nous, et tant d’autres parfois haut placés dans les institutions universitaires comme Ibrahim Souss, à travers l’Institut des études palestiniennes créé en 1963 à Beyrouth et ses revues dans plusieurs pays. Notamment en France où fut éditée La Revue d’études palestiniennes, aux éditions de Minuit (close en 2008 faute d’abonnements et de lecteurs). Et nous étions un des premiers soutiens contre l’injustice et la violence de la Naqba.

Sur la cloture de la Revue d’études palestiniennes (France-Palestine).

Il reste quelques exemplaires disponibles du dernier numéro paru :

Les éditions de Minuit, Revue d’Études Palestiniennes N°108

Sur l’institut : « Il est créé en 1963 à Beyrouth. L’institut se fixe pour but de mettre en avant une meilleure compréhension de la question palestinienne. Il est le seul institut au monde dédié exclusivement à la documentation, la recherche, l’analyse, et la publication sur les sujets ayant trait à la Palestine et au conflit israélo-arabe. » (wikipedia).

France Culture, Revue d’Études Palestiniennes

Aujourd’hui, même les Cahiers édités par Actes Sud, « La pensée de midi » ont du cesser d’être publiés, la contribution du Conseil régional PACA ayant coupé les ponts, pour des raisons politiques tendancielles des partis qui s’y trouvent majoritairement au pouvoir :

http://www.lapenseedemidi.org/

Voilà où nous en sommes... de la disparition de la culture critique en France en un point qui suggère l’état général de cette disparition appliquée à toute chose de la pensée et de l’expression.

Louise Desrenards


* Si le tweet qui apparaît dans la fenêtre d’envoi est trop long, (le nombre de signes en excès apparaissant dessous, précédé de : "-") le raccourcir avant de l’envoyer, en prenant soin de ne pas supprimer le lien même de l’article. / * If the content of the tweet is too long (the number of characters in excess is indicated by a negative value), please shorten it and make sure you do not crop the link.


P.-S.

Logo : L’affiche pour la célébration et l’appel au soutien de la Fondation Rosenberg pour les enfants de la résistance (FRC) de Robert Meeropol Rosenberg, et aujourd’hui dirigée par sa fille Jenn Meeropol, dans le cadre de l’événement commémoratif pour mémoire des 60 ans de l’exécution des Rosenbergs, qui a eu lieu sous la présidence coordonatrice de Angela Davis, le 16 juin 2013, à Town Hall, à New York.

http://www.rfc.org/cifevent

Notes

[1] Eisenhower devenu Président écrivit à son fils, qui se trouvait alors sur le front de Corée, qu’il ne gracierait sûrement pas Ethel Rosenberg pour donner un signe aux soviétiques qu’ils puissent recruter leurs agents secrets en toute tranquillité parmi les ménagères du peuple américain.

[2] Pas vraiment glorieux pour les soviétiques vu l’alliance du NKVD et de la Gestapo à propos des dissidents respectifs de chaque pays et du partage des territoires à occuper accablant des populations réprimées, du moins l’entrée en guerre et les premières victoires contre les nazis atténuèrent-elles le problème au vu d’un monde occidental ayant lui-même majoritairement pactisé avec Hitler avant la guerre mondiale. (Voir Pacte germano-soviétique in fr.wikipedia), cela eut-il permis à Staline de se préparer à la guerre.

© la revue des ressources : Sauf mention particulière | SPIP | Contact | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | La Revue des Ressources sur facebook & twitter